Manque encore des pros du studio, des ingénieurs du son ad hoc. Chargé de la partie financière du projet, qu’il organise avec la même rigueur que ses affaires, Daniel Schmid trouve à Zurich les personnes adéquates. Producteurs indépendants, Yann Rouiller et Urs Wiesendanger tiendront les manettes et feront également les arrangements. Ils connaissent surtout d’excellents musiciens travaillant en Californie, qui enregistreront chez eux la base instrumentale des chansons. Dans un style variété internationale. «Nous voulions le top niveau», renchérit Daniel Schmid.
A voir le CV du guitariste Dean Parks, on s’étonne. Le musicien texan a joué avec Elton John, Stevie Wonder, Céline Dion, Dolly Parton et BB King, pour n’en citer qu’une petite partie. Et que dire de Michael Landau, guitariste également, de Robbie Buchannan, bassiste, et de John Robinson, batteur des dernières tournées de Michael Jackson?
Des mercenaires de studio tous plus impressionnants les uns que les autres! Pourquoi se sont-ils attardés sur la modeste entreprise de Marlyse et Daniel?
«Si ces musiciens n’avaient pas été personnellement intéressés par le projet, Ils n’auraient pas accepté d’y associer leur nom», assure Daniel Schmid. «Ils pouvaient s’en passer!» Ont-ils coûté cher? «Le vrai coût d’une production, ce ne sont pas les musiciens, mais le marketing.» A savoir la promotion, la publicité, les relations avec les médias et autres obligations commerciales. «Créer quelque chose et le commercialiser, ce sont deux choses que l’on dissocie complètement. Se dire Je vais faire ça parce que ça va marcher est une mauvaise idée. Vous ne savez jamais quelle sera la réaction du public. Alors au moment de composer, il s’agit de faire les choses sans concessions, pour soi-même.»
Ne restait plus qu’à poser la voix de la chanteuse. «Nous avons mené un casting de chanteurs et de chanteuses à Paris», raconte Marlyse. «Il y avait là des gens très motivés, d’autres pas du tout.» Suivra un deuxième casting, dont il ne restera rien non plus. Lorsque les Genevois rencontrent Gaëlle Laurens, le courant passe.
La chanteuse doit encore s’approprier les textes de Marlyse. Tout ne lui convient pas. «J’avais écrit une chanson titrée Le vieux Monsieur. C’était une petite histoire de vie. La chanteuse ne s’y retrouvait pas. C’est vrai, mon âge est plus avancé que le sien… Alors j’ai retravaillé le thème et ça a donné Rencontre.»
En 2003, enfin, l’album est terminé. Il s’intitulera Imaginer. La dernière étape est en vue. La plus difficile: distribuer le disque. En 2004, le poisson commence à mordre.
Quelques labels s’intéressent à l’album. «Mais sans publicité à grande échelle, c’est vraiment difficile de se faire connaître», constate Marlyse. «Et puis la crise du disque a commencé. Des labels fusionnaient, d’autres disparaissaient.»
Quatre ans ont passé depuis. Finalement, Imaginer poursuit son existence sur Internet grâce à Believe, distributeur de musique exclusivement numérique. Daniel Schmid continue de jouer avec le même intérêt. Sa conclusion? «Le monde des affaires liées à l’art est passionnant, mais il se révèle beaucoup plus dur que celui des affaires traditionnelles.»
Quant à Marlyse, l’expérience lui a donné des ailes. Livre, spectacles, comédie musicale, les projets s’enchaînent. De hobby, l’écriture se transforme doucement en métier.
Retrouver Gaëlle Laurens, «Imaginer», sur iTunes, et les auteurs sur conusschmidprod.com