Il y a deux ans, 171 riverains de la route de Collex demandaient par voie de pétition que le trafic de transit soit détourné par la «Voie Albert». Après que cette pétition a été rejetée par le Conseil d’Etat, les pétitionnaires reviennent à la charge en lançant une initiative municipale. Elle enjoint le Conseil municipal «d’adopter une délibération ayant pour objet la déviation du trafic transfrontalier en dehors de Collex et de Bossy».
Pourquoi revenir à la charge? Parce que la situation, explique Daniel Strubin au nom des initiants, ne cesse d’empirer. «Aux heures de pointe, Ferney est souvent bloqué, alors les frontaliers passent par la douane de Collex. Comme on ne peut pas empêcher ce trafic, il faut le détourner, car dans les villages, ça devient intenable.»
Un «groupement d’opposition» réagit
Les initiants ne doutent pas qu’ils réussiront à réunir les 198 signatures requises d’ici au 1er avril. Mais représentent-ils pour autant la majorité des habitants? Rien n’est moins sûr, puisqu’un «Groupement d’opposition» à cet évitement a déjà réagi par un tous-ménages.
Une telle route, argumente-t-il, «amènera un trafic supplémentaire». En effet, «nos voisins français recherchent depuis fort longtemps une opportunité pour raccorder leurs voies rapides au réseau autoroutier suisse». Du coup, poursuivent-ils, la Confédération créerait une jonction autoroutière, qui à son tour amènerait une nouvelle zone industrielle.
Au total, un «magnifique autogoal»! Et aussi «une aberration écologique». Comme le fait remarquer Hansruedi Roder, signataire du tract et conseiller municipal, cela conduirait à la destruction d’un des seuls poumons verts du canton avec la forêt de Jussy.
Les autorités communales embarrassées
Quoi qu’il en soit, l’initiative embarrasse les autorités communales. Le Conseil municipal a déjà pris position, l’an dernier, contre cette «Voie Albert», essentiellement par crainte qu’une telle déviation n’ouvre la voie à une nouvelle bretelle autoroutière, dont le Délibératif ne veut à aucun prix.
«Les citoyens sont excédés par le trafic, admet Elisabeth Fatton, maire, mais il faut que nous puissions expliquer notre position à la population. Ce printemps encore, nous ferons une soirée débat où nous inviterons les initiants, les conseillers municipaux et divers autres intervenants.»
Le canton aura le dernier mot
Cela dit, quelle que soit l’issue de cette controverse communale, ponctuée ou non d’un vote populaire, c’est l’Etat qui aura le dernier mot, puisque la circulation est de sa seule compétence. De plus, même sur des chemins communaux, d’éventuels travaux doivent être approuvés par le canton.
Dans sa réponse à la pétition, le Conseil d’Etat admettait que depuis l’an 2000, le trafic à la douane de Bossy avait considérablement augmenté. Mais avec 4200 véhicules par jour, notait-il, ce trafic est «relativement faible en comparaison avec d’autres douanes».
Tout dépendra du futur plan d’agglomération
Deuxième argument du Conseil d’Etat, l’environnement. Les chemins proposés pour la déviation traversent une zone forestière et devraient être considérablement élargis. «En raison des impacts environnementaux (…) et du faible trafic recensé, la solution (…) ne peut être retenue aujourd’hui.»
Pourquoi pas aujourd’hui, et donc peut-être demain? Parce que tant pour le Conseil d’Etat, le Grand Conseil, la Direction générale de la mobilité (DGM) et la Mairie, une telle déviation ne pourrait s’inscrire que dans une conception d’ensemble plus large de la circulation routière dans la région.
En effet, comme le rappelle Gilberto Tartaglia, directeur en charge de la circulation à la DGM, «il risque d’y avoir des mesures fortes dans le secteur» dans le cadre du futur PACA (Périmètre d’aménagement coordonné d’agglomération). En attendant l’aboutissement de cette réflexion, «il y aura d’ici à ce printemps des propositions d’aménagement coordonnées avec la commune». Mais il ne s’agira que de mesures «légères» de modération de trafic, explique-t-il.