L’homme a martyrisé son environnement mais il n’est pas encore trop tard pour sauver la planète. A 76?ans, Jane Goodall croit au sursaut des consciences. La primatologue, qui s’est fait connaître avec ses travaux sur les chimpanzés il y a 50?ans, sillonne le monde pour inciter les jeunes générations à rompre avec le modèle de société qui est en train de ruiner nos ressources naturelles.
Il y a 50?ans, c’était le sort des chimpanzés qui vous inquiétait. Aujourd’hui, c’est l’avenir de l’homme qui vous semble menacé. Qu’est-ce qui vous en a fait prendre conscience?
Il y a 50?ans, quand je suis arrivée au Parc national de la Gombe (ndlr: Tanzanie), les chimpanzés n’étaient pas en danger. Ce n’est qu’en 1986 lors d’une conférence à Chicago que j’ai réalisé pleinement ce qui était en train de se passer: la destruction de l’habitat autour de tous les sites d’étude. Ensuite, j’ai voyagé et j’ai vu comment le monde occidental pillait les ressources naturelles. Ce que l’homme inflige à la planète est effrayant. Il suffit d’ouvrir les yeux: la destruction des forêts, l’extension des déserts, la diminution des réserves en eau douce, la pollution de l’air, l’horreur de l’agro-industrie moderne, l’élevage intensif… Nous causons des dommages terribles.
Aujourd’hui, pensez-vous que l’on fasse suffisamment pour préserver notre environnement?
Nous ne faisons pas assez. Les gouvernements ne parviennent pas à faire passer les mesures qui aideraient à guérir certains des dommages que nous avons infligés. Le grand public est le plus souvent apathique. Peu d’Etats - ou de citoyens - se dressent contre les forces économiques. Il faut sortir de cette croyance selon laquelle nos économies peuvent continuer à croître indéfiniment sur une planète dont les ressources naturelles sont limitées.
Cela passe-t-il par l’engagement de chacun ou par la mise en place de mécanismes internationaux, dont on voit parfois les limites?
Nous sommes à un stade où nous avons besoin des deux. Les mécanismes internationaux ne peuvent fonctionner que lorsqu’ils sont soutenus par une volonté politique. Et il n’y a pas de volonté politique sans une forte mobilisation de l’opinion publique. Il faut que chacun prenne conscience des conséquences sur l’environnement des choix qu’il fait au quotidien (ce qu’il achète, mange, porte, la façon dont il voyage, etc.).
L’hypocrisie des responsables politiques qui vident parfois les mots de leur sens n’est-elle pas démotivante?
En effet, c’est très décourageant. C’est pourquoi il est si important d’avoir le soutien du public et en particulier des jeunes. Ils doivent comprendre que la nature n’est pas un bien commercial et que notre mode de vie matérialiste occidental n’est pas un aboutissement en soi. Nous ne devrions pas vivre pour l’argent.
Ce n’est pas cela qui donne du sens à la vie.
A travers vos engagements et vos discours, vous semblez faire confiance aux nouvelles générations. Pensez-vous que les jeunes perçoivent mieux les enjeux que leurs aînés? Qu’avez-vous envie de leur dire?
Je suis toujours étonnée par la capacité d’écoute et la sagesse des jeunes. Une fois qu’ils ont compris les problèmes et les enjeux, ils s’engagent et prennent des mesures. Le message que j’ai envie de leur adresser est le suivant: vous avez un rôle important à jouer parce que c’est vous qui déciderez de votre mode de vie et donc de son impact sur l’environnement. Je me souviens que ma mère me disait: «Quand on veut vraiment quelque chose, si on travaille dur et si on saisit toutes les occasions, on trouve toujours un moyen d’y arriver.» Aujourd’hui, je reçois des tas de lettres de jeunes à travers le monde qui me disent: «Puisque vous l’avez fait, je peux le faire à mon tour.»
Inscrivez-vous, posez vos questions
? 4e?édition des Rendez-vous mondiaux de Genève. Débat public avec Jane Goodall sur le thème: La nature tire le signal
d’alarme: pourquoi nous devons y prêter attention. Mercredi 26 mai, 16?h?30, Palais des Nations. Pour assister à la conférence, l’inscription est obligatoire et possible jusqu’au 20 mai: www.unog.ch. Vous pouvez participer au débat en adressant vos questions à Jane Goodall sur tdg.ch .