Une balle aura suffi. «Ils lui ont logé une cartouche de gros calibre en pleine tête», commente le commissaire de police d’Annemasse Yves Cellier. Dimanche soir, vers 21?h?45, un homme de 23?ans, d’origine maghrébine, a été abattu au pied de son immeuble, rue de l’Helvétie à Ambilly, à quelques centaines de mètres de la frontière.
Selon toute vraisemblance, le jeune homme sortait son chien, un american staff, quand on lui a tiré dessus. «Vu l’angle d’entrée de la balle, il est probable qu’ils aient fait feu depuis leur véhicule avant de prendre la fuite», précise l’enquêteur.
Dans l’artère à sens unique, perpendiculaire à la rue de Genève, les voisins ont entendu «comme un bruit de pétard». A l’image de Benoît, qui habite l’immeuble, haut de six étages. «Puis il y a eu les pleurs et une femme a crié: Mon Dieu, ne me dites pas qu’il est mort!»
En quelques minutes, cet autre résident descend dans la rue: «En tant que pompier, j’ai essayé de lui porter secours, mais il n’y avait plus rien à faire.» Au lendemain de cette nuit rythmée par les sirènes des pompiers et de la police, les habitants du quartier oscillent entre peur et incompréhension.
D’autant que ceux qui connaissaient la victime le décrivent comme quelqu’un de serviable et poli. «Il était très gentil. On le croisait souvent quand il promenait son chien. C’était un Lyonnais à l’origine, raconte Rachida. C’est un ancien boxeur. Il tapait la balle au club de foot d’Ambilly.»
«Ce sont des gamins qui ont fait ça»
S’il n’a jamais rencontré la victime, Hugo, 20?ans, gardera longtemps l’image de ce corps. «Il était grand, décrit-il encore tremblant. Et il y avait une immense mare de sang.»
Lundi matin, les pompiers ont lessivé les lieux. Seuls demeurent le sable ocre et les flaques d’eau. Répondant au téléphone entre deux sanglots, la compagne de la victime, les cheveux noués et les yeux humides, fait les cent pas sur le trottoir face à ces traces morbides. A ses côtés, ses proches venus la soutenir. «Elle a assisté à toute la scène depuis la fenêtre, éclate un cousin la hargne dans la voix. Et ce sont des gamins qui ont fait ça.»
Quelques heures après le drame, vers 0?h?30, deux suspects âgés d’une vingtaine d’années et habitant l’agglomération annemassienne sont arrêtés. «Nous les avons vus aux abords du périmètre de sécurité», souligne le commissaire. S’appuyant sur les témoignages et les investigations techniques, la police procède à leur interpellation. «Ils ont pris leurs t-shirts, les ont menottés et fait monter à l’arrière d’un véhicule», poursuit un locataire, témoin du deuxième acte.
Hypothèse d’un règlement de comptes
Les deux hommes ont ensuite été placés en garde à vue à Annemasse, avant d’être transférés à Annecy. La police judiciaire d’Annecy s’est saisie du dossier.
«Les auteurs présumés ainsi que la victime sont tous défavorablement connus des services de police», précise le commissaire, sans toutefois en dire davantage sur les motifs du crime. L’hypothèse d’un règlement de comptes est cependant sur toutes les lèvres.