Le soir venu, certains parcs changent de visage. Deal, incivilités, nuisances sonores sont le lot quotidien du Seujet (la promenade de Saint-Jean) ou de Geisendorf. Mais ce n’est pas une fatalité, comme l’a montré l’exemple des Délices, espace vert que les habitants du quartier se sont réapproprié.
Les multiples animations et activités organisées dans les jardins publics pendant l’été par les Unités d’action communautaire (UAC) sont aussi un moyen de chasser les dealers. En douceur.
Difficile cohabitation
Comme l’été passé, enfants et familles se retrouvent tous les mercredis au Seujet, de 15?h à 21?h, pour y jouer, faire de la musique, du dessin, des grillades, bref, pour profiter du parc. Le tout à quelques mètres des recoins où se monnaient les paradis artificiels. La cohabitation avec les dealers est tendue. «Souvent alcoolisés, ils se sentent en terrain conquis», déplore Francesca Cauvin, de l’UAC des Grottes et de Saint-Gervais. Leur hostilité à l’égard des empêcheurs de dealer en rond se manifeste par des remarques ou des regards lourds, confie le directeur adjoint du service social de la Ville, Christian Jöhr.
Au parc Geisendorf, encore marqué par la récente découverte des cadavres de deux toxicomanes, les habitants multiplient aussi les façons d’occuper le terrain: camping, bal guinguette, cours de gym, projections de films, tournois de cartes ou de basket, etc. Cela porte ses fruits, à en croire l’association de quartier: les incivilités aux abords de l’école ont diminué, et les voisins n’ont plus peur de traverser le parc.
«Un regard positif»
«Je veux que les gens aient un regard positif et s’approprient ces espaces de vie que sont les parcs, que ce soient des endroits sûrs et vivants», lance la nouvelle conseillère administrative Esther Alder, à la tête du Département de la cohésion sociale et de la solidarité. «Mais un jardin public est un reflet de la société, on y trouve aussi des sans-abri et des personnes avec des problèmes d’addiction, note-t-elle. Or, plus ces lieux sont utilisés et occupés de manière positive par les jeunes, les aînés et les familles, moins il y a de problèmes.» En outre, la magistrate en est convaincue, la répression n’est pas la seule réponse. «La présence policière ne suffit pas, estime-t-elle. Il faut aussi, et surtout en été, proposer des animations, des jeux, des activités sportives et culturelles de proximité, notamment pour les jeunes que l’inactivité peut pousser à faire des bêtises.»
Au Seujet, la démarche est encore timide: des animations un jour par semaine jusqu’au début du mois de juillet, puis plus rien jusqu’en septembre. «Il faudrait qu’il y ait quelque chose tous les jours pendant une longue période pour que les dealers partent, admet Francesca Cauvin, mais cela demanderait de gros moyens.»
«La médiation n’a servi à rien»
Des aménagements peuvent aussi aider. L’amélioration de l’éclairage public est prévue à Geisendorf. Au Seujet, les buttes entourant le jardin, qui protègent les dealers des regards, seront démolies dès le 11 juillet. Toutefois, pour le président de l’association Délices intérêts, Maurice Lavergnat, seule la solution radicale a été décisive au parc des Délices: «L’Unité d’action communautaire a beaucoup de bonne volonté. Mais la médiation avec les dealers n’a servi à rien.» D’après lui, c’est évident, si trois des quatre entrées du parc n’avaient pas été fermées pendant près d’un an, rien n’aurait changé.