Une vingtaine de manifestants ont bloqué hier, durant l’heure de pointe du matin, le chemin Baumgartner, à Pinchat. Issus des associations d’habitants du quartier, ces mécontents dénoncent les reports de trafic induits par le plan de circulation testé jusqu’à cet été par Troinex. En novembre, cette commune voisine a profité de travaux pour fermer au transit quatre voies permettant de relier le secteur de Drize à la région de Vessy (lire la «Tribune de Genève» du 30 janvier).
Les pendulaires empruntent du coup intensément l’étroit chemin Baumgartner, qui constitue un raccourci entre la route de Drize et celle de Troinex. Dépourvue de trottoir, cette venelle est aussi utilisée par de nombreux élèves carougeois de l’Ecole de la Tambourine. Le chemin longe la frontière entre la Cité sarde et Veyrier, mais sa chaussée est sur sol veyrite. Dans le coin, les communes s’entremêlent beaucoup.
«Grâce à vous, on ne se fera pas shooter»
Les enfants accueillent avec plaisir l’action de leurs aînés: «Grâce à vous, on ne se fera pas shooter!» Quelques automobilistes ou motards ont laissé voir leur mécontentement. Parmi les protestataires, on trouve Gilbert Poujoulat, de l’Association des habitants de Pinchat. Selon lui, les Mairies de Carouge et Veyrier sont conscientes du problème. Mais Troinex ne veut rien entendre.
Présidente de l’Association des riverains de Drize, Jacqueline Thöni déplore la «passivité» des autorités et prévient: «On ne va pas lâcher!» La présidente ne comprend pas pourquoi des mesures d’urgence ne sont pas prises, comme la pose de barrières afin de protéger les piétons.
Troinex bouc émissaire
«Si les gens prennent des itinéraires inadaptés, c’est aux communes concernées de faire le nécessaire», réplique Jacques Magnenat, maire de Troinex. Pour lui, sa commune est un bouc émissaire: «Certains nous rendent responsables des bouchons du rondeau de Carouge. Il ne faut pas exagérer!»
Veyrier refuse le bricolage
Quant au maire de Veyrier, il dit son appui aux manifestants, mais il ne veut pas de mesures provisoires: «C’est du bricolage, rétorque Luc Malnati. Je ne vois pas en quoi des barrières auraient un effet protecteur. Il faudrait des mois pour que l’Etat approuve des mesures, lesquelles tendraient à pérenniser la situation, argue Luc Malnati. Or, pour notre part, nous réclamons un retour à la case départ!» L’élu estime que la Direction cantonale de la mobilité aurait dû coordonner les plans troinésiens avec ceux des communes voisines.
L’Etat demande des propositions
Bref, ces autorités jugées passives s’activent à se renvoyer la balle! A la Direction générale de la mobilité, on rejette les accusations veyrites et on juge légitime la démarche troinésienne: «Ce maire a saisi une opportunité pour tranquilliser des voies résidentielles qui subissaient un gros trafic, en concertation avec nous», avance Gilberto Tartaglia, directeur de la Mobilité. Mais l’expert estime qu’il faut faire quelque chose pour le chemin Baumgartner: «On doit pouvoir discuter de mesures pour y limiter le trafic, mais nous n’avons pas reçu de proposition concrète de la commune. Nous sommes ouverts à chercher des solutions avec Veyrier!»
A quand une route?
L’intense fréquentation des chemins résidentiels de la partie méridionale du canton souligne l’absence d’un axe tangentiel qui contournerait Carouge par le sud. Cette liaison – surnommée «Voie Cottier» dans les années 80, «interquartiers» ou «Genève-Sud» actuellement – est à nouveau à l’étude, comme le Conseil d’Etat l’a annoncé en juillet dernier. A l’horizon 2017, il s’agirait de relier le contournement autoroutier de Plan-les-Ouates aux routes de Saconnex-d’Arve et d’Annecy. Le principe de cette liaison est acquis, reste à voir le tracé et les modalités.
Un prolongement plus hypothétique connecterait ensuite la route d’Annecy à celle de Pierre-Grand, qui va de Troinex au pied du Salève. Mais on doit encore en évaluer l’opportunité et les effets.
(mm)