La droite a tremblé pendant plusieurs heures, hier à Uni Mail, avant de savourer sa victoire. Conséquence logique: les représentants de l’Entente étaient heureux, mais ne fanfaronnaient pas vraiment. «C’est maintenant la responsabilité des partis de l’Entente d’empoigner les gros dossiers», réagit Hugues Hiltpold . Les gros dossiers, le président des radicaux en compte quatre: «L’aménagement: il faut déclasser des terrains pour construire. La sécurité: le Conseil d’Etat doit entendre l’appel des citoyens. La mobilité: nous devons nous consacrer tout de suite à la votation très importante sur le CEVA. Et la politique énergétique, qu’il faudra redéfinir.»
«Le résultat montre que les Genevois n’ont pas sanctionné le gouvernement sortant, analyse le conseiller administratif radical Pierre Maudet. Le Conseil d’Etat a fait la démonstration qu’il pouvait travailler en équipe. Maintenant, il doit prouver sa capacité à faire le même travail en matière de sécurité.»
Pour éviter d’être doublé par le MCG, le gouvernement doit «démontrer qu’il est déterminé à empoigner les problèmes des gens: sécurité, mobilité et logement. Il ne peut pas dire que tout va continuer comme avant», estime le sociologue Uli Windisch.
Socialistes trop divisés
A gauche, on se désole de la défaite socialiste. Les pleurs d’Amélia Christinat étaient là pour en témoigner. Sur le plateau de Léman Bleu, l’ancienne conseillère nationale socialiste, a fait régner un silence glaçant. «C’est un désastre, a-t-elle soufflé entre deux larmes. Nous nous sommes tellement battus pour obtenir deux sièges!» La faute à Véronique Pürro? «Je pense qu’elle a été en dessous de ses capacités réelles pendant cette campagne, déplore le conseiller national Vert Antonio Hodgers. Elle a dit qu’elle s’inscrivait dans la continuité de Laurent Moutinot. Ce n’était pas très habile.»
Pour le socialiste Manuel Tornare, conseiller administratif de la Ville, «cette phrase était une erreur. Mais, dans l’ensemble, elle a fait une bonne campagne. Elle paie le prix des divisions du Parti socialiste. Le message du PS n’est pas clair et trop intellectualisant. Sur la sécurité, il est angélique. Ceux qui souffrent de l’insécurité sont nos électeurs, dans les quartiers populaires, pas les riches protégés par la sécurité privée! Le PS doit se reconstruire et clarifier son message.»
La responsabilité de la défaite, Maria Roth Bernasconi, conseillère nationale socialiste, l’attribuait aussi à Laurent Moutinot: «Je suis persuadée qu’il a mené une excellente politique, mais quand on ne veut pas aller l’expliquer, on le paie.»
Ueli Leuenberger, président des Verts suisses accuse l’extrême gauche: «Je regrette ce changement de majorité au Conseil d’Etat. La responsabilité en revient à deux formations de gauche, Solidarités et le Parti du travail, qui ont fait un appel à ne pas voter.» «Officiellement, nous vous avons soutenus, a répondu Salika Wenger, qui s’est présentée au Grand Conseil sur la liste animée par Christian Grobet. Même si nous avons été critiques.»
Laurent Tettamanti, candidat à l’élection sur la liste de La gauche combative, était plus tranchant. «La défaite de la gauche nous importe peu. Les socialistes paient leurs propres errements. Ils n’ont pas été capables de se différencier de la droite.»