Les locataires genevois sont-ils d’accord de payer pour vivre dans des immeubles plus «écolos»? La réponse à cette question sera décisive pour la politique environnementale du canton. Le 7 mars, le peuple se prononcera sur la nouvelle loi sur l’énergie. Or, malgré tous ses aspects vertueux, celle-ci aura des répercussions directes sur les loyers (lire ci-dessous). C’est pourquoi la gauche et les syndicats ont fini par s’opposer à ce texte, alors que la droite et les Verts le défendent.
Ce désaccord ne doit pour autant pas cacher les vrais enjeux de cette votation: réduire la consommation des bâtiments et favoriser le recours aux énergies renouvelables.
Le chantier est énorme. Le bâti consomme la moitié des besoins énergétiques du canton, que cela soit pour le chauffage ou l’eau chaude. Et comme la plupart des anciens bâtiments sont des «passoires énergétiques», les gisements d’économies sont importants.
«La loi s’inscrit aussi dans l’objectif d’une société à 2000 watts que s’est fixée le canton», précise l’ancien conseiller d’Etat Robert Cramer, qui a initié la loi sous sa législature. Aujourd’hui, nous en sommes à 5000 watts.
La loi s’attaque d’abord aux futures constructions. Tous les bâtiments doivent répondre à de hautes performances énergétiques, en gros, le label Minergie. Cela signifie des bâtiments deux fois moins gourmands que selon les normes d’aujourd’hui, et cinq fois moins qu’une passoire construite dans les années 70. On voit le chemin à parcourir.
Par ailleurs, les panneaux solaires thermiques seront la norme sur les toits. Ils chaufferont l’eau. Conclusion: en été, on pourra éteindre les chaudières.
Etat plus directif
Mais le gros effort doit porter sur l’existant. Les mesures incitatives ayant montré leurs limites, l’Etat veut être plus directif. Il recensera l’indice de dépense énergétique des 40?000 bâtiments du canton. Sur la base de ces relevés annuels, il pourra exiger que des audits soient réalisés par les propriétaires. Ces diagnostics permettront d’identifier des pertes de chaleur et de prendre des mesures. Pour les bâtiments les plus gourmands, l’Etat pourra même décréter des rénovations (cela concerne 1% des objets).
Là encore, les panneaux solaires thermiques vont se généraliser pour la plupart des grosses rénovations. Les autres mesures prendront notamment la forme d’isolation des façades, des fenêtres et des toitures. Les grands bâtiments devront répondre à des normes encore plus sévères. L’Etat, qui se veut exemplaire, prendra des mesures drastiques pour son parc immobilier. Il fera aussi de gros efforts sur l’éclairage public.
10 millions de subventions
Enfin, toutes les mesures seront prises afin que les futurs grands quartiers se pourvoient en énergie locale (géothermie, chauffage à distance, etc.). On n’imagine pas d’installer des chaudières à mazout dans ces grands complexes.
Plusieurs leviers ont été conçus pour inciter les propriétaires à rénover. L’Etat dégagera 10 millions de subventions par année. Les travaux énergétiques seront défiscalisés. Enfin, un assouplissement de la loi permettra de répercuter plus facilement le coût des travaux sur les loyers.
Quel sera l’impact de cette loi? Les partisans sont incapables de le dire. Tout dépendra du rythme des rénovations, aujourd’hui très lent. Les subventions accordées cette année dans le cadre d’un programme fédéral ont montré que les propriétaires sont très réactifs à ces aides.
Toutefois, même si le rythme des rénovations doublait, il faudrait plusieurs dizaines d’années pour assainir le parc immobilier. Raison pour laquelle, disent les partisans, il ne faut pas perdre de temps et agir au plus vite.