"Je n'ai dormi que deux heures cette nuit", raconte Géraldine Puig. Cette militante professionnelle engagée par le Centre de conseils et d'appui pour les jeunes en matière de droits de l'homme (CODAP) dirigeait ce week-end un séminaire de formation. L'annonce du résultat de la votation sur les minarets s'est aussitôt transformée en exercice pratique. Les sms ont crépité. David Matthey-Doret, président du Groupe de liaison des association de jeunes de Genève, crée un groupe sur Facebook. Objectif: "faire part de notre honte et manifester notre solidarité à l'égard des 400'000 musulmans de Suisse discriminé par cette votation que seules l'ignorance et la peur peuvent expliquer". "Nous ne sommes que deux militants parmi d'autres et n'engageons pas nos organisations respectives", précisent-ils.
A sept heures ce matin, une quinzaine de jeunes débarquent et déchargent le minaret en kit au pied du général Dufour. "C'est l'homme qui a mis fin à la dernière guerre religieuse en Suisse," me dira plus tard l'un d'eux, étudiant à l'Université. Mais, d'un car de police resté en faction après les échauffourées anti-OMC, surgissent des agents qui ont tôt fait d'emmener toute la troupe au poste. Explications. Téléphones. David Matthey-Doret tient le monde informé minute par minute sur son profil Facebook. A 9 heures, la bonne nouvelle tombe. La Police autorise la manifestation avec la bénédiction du Département des Institutions.
Retour sur la place Neuve. Le froid et la pluie ne refroidissent pas l'ardeur des constructeurs. Peu avant 11 h, le minaret est dressé sous les applaudissements des militants. Un étudiant écrit à la gouache "Pardonnez-leur" sur une face, tandis que d'autres agrafent sur l'autre face le préambule de la constitution fédérale, dont les premiers most sont: "Au nom de Dieu tout puissant...".
Sur la place, seul un avocat s'est arrêté et a suivi l'érection du monument éphémère. Un jeune couple d'Arabie Saoudite se photographie devant le grand théâtre, indifférent à l'action citoyenne. Une dame d'un certain âge au parapluie jaune s'approche. Elle entame le dialogue avec les jeunes. Elle a été un temps femme de chambre dans les palaces genevois. Les musulmans ont à balayer devant leur porte tente-t-elle d'argumenter face à trois jeunes capuchonnés. Le statut des femmes n'est pas acceptable, poursuit-elle, avant de conclure: "Les Suisses n'ont pas à avoir honte de leur vote."
Le minaret sera démonté à 17 heures.