La première mesure de Beat it retentit. Un, puis deux, puis dix danseurs s’extirpent de la foule et avancent en claquant des doigts. Bientôt rejoints par des dizaines d’autres qui enchaînent simultanément les pas pour deux minutes de chorégraphie endiablée sur le célèbre tube des années 80.
C’était samedi à 13h à la rue du Mont-Blanc. Quelque 150 personnes se sont donné rendez-vous pour un «Flash mob Tribute to MJ», soit une mobilisation éclair en hommage à Michael Jackson. Deux minutes plus tard, la foule s’est dispersée, volatilisée, laissant les passants médusés. Ont-ils rêvé?
Fans du roi de la pop
La même chorégraphie sera répétée une heure plus tard au Molard, puis aux Bastions et, enfin, sur la plaine de Plainpalais. Les participants? Jeunes! Recrutés via Facebook (263 membres inscrits) et par le bouche à oreille. Parmi eux, Jérôme, chanteur et danseur dans la comédie musicale Les Misérables. «Je suis un grand fan. J’ai tout juste 31?ans. Michael Jackson, c’était mes premiers CD, il a bercé mon enfance. J’avais des places pour son concert du 15 juillet à Londres. Ne pas le voir sur scène a constitué une des grandes déceptions de ma vie.»
Comme il n’a pu assister aux répétitions genevoises, il s’est entraîné devant son ordinateur grâce à une vidéo belge disséquant la choré pas à pas. «Ce n’est pas si simple, il était le King of pop, mais aussi le roi de la danse. Mais quand on y va tous ensemble, ça produit son petit effet.»
Depuis la mort de l’artiste, en juin dernier, des rassemblements similaires se sont déroulés à travers le monde: Amsterdam, Hongkong, Paris, Montréal, Saint-Pétersbourg, Taipei, Tübingen ou Hollywood. Le plus phénoménal d’entre tous a eu lieu le 8 juillet à Stockholm. Un flash mob dont la vidéo a d’ores et déjà été consultée des millions de fois sur YouTube par les internautes.
Une séquence mythique, sublime et chargée d’émotion qui a convaincu Sylvie Pasche, régisseusse de spectacle de lancer le mouvement en Suisse romande. «Le phénomène de masse est trop génial! C’est le côté populaire du chanteur. Quelle que soit son appartenance musicale, lorsqu’on le voit danser, on est conquis, on veut faire pareil.»
Oser danser en public
Restait le plus dur: lancer les Genevois, si timides de nature, à l’assaut du macadam. «La chorégraphie, elle s’apprend, ce n’est pas si compliquée que ça. Le challenge, c’était de convaincre les gens d’oser s’exprimer avec leur corps en public», analyse Brigitte Ndzana Ebodé, 25?ans, professeure de danse d’origine camerounaise et danseuse leader du flash mob. «Ce n’est pas vraiment dans les mœurs des Suisses, ils craignent le regard des autres.»
Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’ils ont osé. «C’était trop bien», commente une jeune participante. De quoi faire sourire, Christelle Welsch, autre meneuse de cette troupe éphémère. «Avoir pu rendre ce petit hommage à un artiste qui a fait vibrer le monde entier me procure un énorme plaisir!»
? Lausanne organise aussi son flash mob. Rendez-vous samedi prochain à 10h30 au Cargo, 103 route de Genève.