Pas de lauriers pour les écoliers genevois! L’enquête PISA (Programme international pour le suivi des acquis des élèves), menée tous les trois ans depuis 2000 auprès des élèves de 9e année, les place au tout dernier rang parmi les cantons romands, comme les années précédentes. En tête, Fribourg et le Valais. Au niveau international, comme l’an passé, la Finlande caracole au sommet.
Ce sont les tests de sciences qui plombent les résultats des élèves genevois. Or, il s’agit du thème central de l’étude PISA 2006. Si une légère progression se ressent dans ce domaine par rapport à il y a trois ans et que l’écart entre les cantons tend à diminuer, Genève reste dernier de Suisse romande. La chute est particulièrement brutale en ce qui concerne «l’explication des phénomènes scientifiques»: les Genevois obtiennent 25 points en dessous de la moyenne (500 points). «Genève a toujours eu une dotation trop faible en heures d’enseignement des sciences, explique Georges Schürch, directeur général du Cycle d’orientation. Jusqu’en 2000, la physique n’était pas enseignée dans tous les établissements!»
De moins bons résultats pour les filles
Un autre aspect inquiète le Département de l’instruction publique (DIP): les filles genevoises obtiennent de moins bons résultats que les garçons dans les branches scientifiques. Une différence de scores très marquée à Genève et en Suisse, mais inexistante dans les autres pays. «Notre système de filières a une influence sur ce résultat. Peu de filles choisissent une section scientifique», explique Christian Nidegger, chercheur au Service de la recherche en éducation.
Genève, bonnet d’âne de la Suisse? Il faut relativiser l’étude PISA, répond Charles Beer. «Dire que Genève est moins bon qu’un autre canton est un non-sens, insiste le conseiller d’Etat en charge de l’éducation. Le système genevois n’est pas comparable à celui de Fribourg ou du Valais. Nous sommes un canton-ville avec un fort taux d’élèves nés hors de Suisse. Le seul canton à qui nous aurions pu nous comparer est Bâle-Ville, mais ses autorités ont refusé de participer à l’étude.»
Effectivement, parmi les cantons romands, Genève recense le plus grand nombre d’élèves nés à l’étranger et déclarant parler une autre langue que le français à la maison: plus de 45%, soit deux fois plus qu’ailleurs en Suisse romande. En revanche, cette statistique n’explique en aucun cas le mauvais résultat des Genevois, assure, étonnamment, le ministre. «Les élèves nés hors de Suisse qui étudient à Genève ont de meilleures notes que ceux de certains cantons romands, souligne le conseiller d’Etat. Leur nombre n’a par ailleurs aucune influence sur le score des écoliers suisses et francophones.»
Réformes
Pour que Genève cesse d’être le mauvais élève de ce classement, le DIP compte sur ses réformes. Outre son réseau d’enseignement prioritaire et ses directeurs d’établissement, le département table sur la promotion des filières scientifiques auprès des filles, sur la mise en place d’un plan de lutte contre la violence scolaire et d’un dispositif de soutien pour les professeurs en difficulté.
Mais pour réformer ce Cycle d’orientation à la traîne, Charles Beer croit avant tout au contre-projet du Conseil d’Etat, qui sera voté en mai prochain suite à l’annulation de la votation prévue le 30 novembre. PISA semble l’avoir conforté dans sa position. «L’étude montre que les différents systèmes genevois – classes hétérogènes et regroupement A et B – n’ont pas aidé ou desservi les élèves. Ils n’ont pas été déterminants du point de vue des résultats», affirme le magistrat.
Du côté du Réseau école et laïcité (RÉEL), dont l’initiative réclame plusieurs sections dès la 7e (elle sera opposée au contre-projet du gouvernement en mai), on ne se dit pas étonné par cette dernière place. «Depuis l’instauration du règlement A et B, avec une extrême hétérogénéité des groupes, la grille horaire s’est dégradée, estime Rita Bichsel, membre de RÉEL. Il y a de moins en moins d’heures de formation scientifique et la matière enseignée est bien plus légère qu’auparavant. Sans compter l’occultation des branches liées à l’informatique.»
A l’avenir, le DIP continuera à participer à l’étude PISA. Selon Charles Beer, «celle-ci n’est pas notre seul point de repère mais reste un outil important qui
permet d’avoir un retour».
Bientôt l’école le mercredi
D’ici 2010, les élèves des écoles primaires genevoises devraient retourner sur les bancs de l’école le mercredi matin. Objectif: augmenter leur nombre d’heures de cours et faire ainsi remonter le niveau de compétences acquis à la fin de la scolarité obligatoire.
Un sondage téléphonique est actuellement réalisé auprès des mères de famille. Activités scolaires et parascolaires, opinion sur l’horaire continu: l’objectif, pour le Service de la recherche en éducation (SRED), est de connaître les habitudes des familles genevoises lors de ce fameux mercredi, durant lequel leurs enfants ont encore congé aujourd’hui.
Car d’ici deux ans, ce privilège disparaîtra: avec le plan d’harmonisation de la scolarité obligatoire en Suisse (Harmos), le canton de Genève devra s’aligner sur ses voisins et augmenter la dotation horaire de ses écoles primaires.
«Genève est le seul canton à n’exiger que quatre jours d’école», explique Frédéric Wittwer, secrétaire général du Département de l’instruction publique. «Les compétences exigées à la fin de l’école primaire sont les mêmes que pour les autres cantons, mais avec 12 à 15% de temps de cours en moins. Comme nous le voyons avec PISA aujourd’hui, nous n’arrivons pas à atteindre ces objectifs.»
Le plan d’études romand constitué en vue de l’harmonisation de l’école primaire a été mis en consultation de septembre à novembre dernier. Les résultats vont être dépouillés prochainement. Une nouvelle version verra le jour et sera mise en place dans tous les cantons romands d’ici 2010.
(chd)
Valaisans et Fribourgeois toujours en tête
Les résultats se suivent… et se ressemblent. Comme en 2000 et 2003, les écoliers valaisans et fribourgeois occupent les avant-postes du classement PISA. Les Alémaniques aussi, à l’image des Schaffhousois qui obtiennent la meilleure note en sciences. Quant aux Vaudois, ils finissent avant-derniers, juste avant les Genevois. De quoi irriter les parents de l’arc lémanique. Mais qu’est-ce que ces cantons ont en plus?
«Pas grand-chose, rassure Christian Berger, secrétaire général de la Conférence intercantonale de l’instruction publique de la Suisse romande et du Tessin. Il y a des facteurs objectifs qui expliquent ces différences. A commencer par l’âge. PISA n’étudie que les performances des élèves de 9e année. Or, dans ces cantons, les écoliers sont plus âgés lorsqu’ils arrivent à ce degré de scolarité et sont plus matures. Les grilles horaires divergent aussi. Certains cantons offrent davantage de sciences ou de maths, alors que les Romands misent aussi sur les branches secondaires.»
Effets à l’échelon supérieur
A Fribourg par exemple, l’Instruction publique met l’accent sur la langue maternelle et les maths. Autrement dit, pour être brillants aux tests PISA, les élèves lémaniques devraient suivre plus de cours dans les branches soumises à l’étude. «Mais c’est une question de politique cantonale, remarque Christian Berger. Si l’enquête tenait compte de toutes les branches, les résultats seraient tout autres.»
Reste que les notes PISA semblent se répercuter sur l’échelon supérieur. Il y a moins d’un mois, la première étude sur les bacheliers suisses montrait que Valaisans et Fribourgeois étaient là aussi les meilleurs, notamment parce qu’ils offrent un cursus gymnasial sur quatre ans. N’est-il donc pas temps d’harmoniser tout cela? «C’est en cours avec Harmos au niveau de la scolarité obligatoire, rappelle Christian Berger. Cela dit, si le projet permet à terme de resserrer les résultats, je ne suis pas sûr que les cantons seront un jour à égalité sur toutes les
branches.»
Nadine Haltiner