En avril prochain, Genève accueillera la sixième Conférence mondiale des journalistes d’investigation. Après Lillehammer, la profession va poser ses valises au Centre international de conférences de Genève (CICG) pour poursuivre son état des lieux et remettre au-devant de la scène le journalisme d’enquête.
De véritables états généraux avec une centaine de tables rondes et des débats animés par de grands professionnels de l’information.
A l’heure d’Internet, des gratuits, des SMS et des nouveaux réseaux sociaux, quelle place les médias de demain vont-ils accorder à l’investigation? Le journaliste producteur de Temps Présent Jean-Philippe Ceppi a une approche dynamique de la question. Pour lui, la presse n’est pas seulement en crise, elle est en train de changer.
Le présentateur de la TSR s’est d’emblée proposé avec d’autres confrères et avec le soutien du Club Suisse de la Presse pour organiser cette conférence mondiale à Genève.
S’adapter aux nouveaux outils et ne pas abdiquer, c’est un peu le leitmotiv de l’équipe qui entoure Jean-Philippe Ceppi. La première raison d’être d’une telle rencontre, qui va voir converger vers Genève près de 600 journalistes d’investigations venus des quatre coins de la planète, est la possibilité offerte à chaque participant de pouvoir garnir son carnet d’adresses. C’est aujourd’hui, plus qu’hier encore, le précieux sésame dont aucun enquêteur ne peut se passer. Ce qui a changé, c’est son épaisseur. Les frontières sont tombées… «On vit dans un monde globalisé. En activant des réseaux mondiaux de journalistes, on profite nous aussi à notre manière de la mondialisation», explique Jean-Philippe Ceppi.
Le journaliste d’investigation est obligé de s’adapter à son nouvel environnement. Et dans l’esprit des organisateurs de cette conférence, ce n’est pas une contrainte mais une chance. «Aujourd’hui, poursuit Jean-Philippe Ceppi, on peut monter des enquêtes internationales entre le Yémen et la Suisse en s’appuyant sur les travaux de confrères qui sont sur le terrain pour voir, par exemple, comment le trafic de cigarettes alimente le terrorisme, ou découvrir comment le lobby du pétrole et de l’énergie influence les discours sur le réchauffement climatique.»
Cette année, la conférence s’emploie à revoir les modes d’approche de l’enquête financière à travers des exemples très concrets. A quelques semaines de la Coupe du monde, les organisateurs ont aussi voulu se plonger dans les méandres du sport business. Les matches truqués, les trafics de joueurs, l’argent du foot… Enfin, impossible de faire l’impasse sur les nouveaux médias. La question sera abordée à travers l’exemple de pro publica, une nouvelle plateforme d’investigation née aux Etats-Unis.
Un grand brassage d’expériences et d’idées en perspective qui ravit Jean-Philippe Ceppi. «C’est, explique-t-il, un extraordinaire outil de formation continue pour les journalistes suisses et étrangers; c’est aussi un formidable espace de réflexion sur l’avenir de notre profession à un moment ou les médias traversent une grande crise.»
Genève s’imposait
Cette conférence, qui connaît d’une année à l’autre un engouement croissant, s’efforce d’apporter des réponses très pratiques aux questions que se posent les journalistes d’investigation.
«Certains viendront nous expliquer comment enquêter sur les pirates en Somalie, d’autres comment faire parler des agents anticorruption. Une journaliste chinoise nous racontera comment elle a réussi à faire tomber des fonctionnaires chinois dans des affaires de corruption», énumère Jean-Philippe Ceppi.
Genève, capitale des droits de l’homme, semblait toute désignée pour accueillir un tel événement. D’autant que l’émergence de nouveaux médias témoigne du rôle croissant joué par les ONG dans la recherche et la diffusion d’informations.