Qu’est-il arrivé à Genève la sûre, la tranquille, la proprette? Vols, agressions, mendicité: voilà l’image qui circule, ces jours, des chaînes de télévision arabes aux colonnes prestigieuses du Monde. L’idée d’une Genève coupe-gorge est évidemment excessive et pour tout dire fausse. L’agression d’un Saoudien à la rue du Rhône, montée en épingle par la TV Al-Arabiya, n’est pas établie avec certitude et ne prouve de toute façon rien. Genève reste très sûre.
Pourtant, quelque chose a changé. Les vols à l’astuce explosent, la violence gratuite se répand. Autrefois discrets, les mendiants «exercent» désormais partout: feux rouges, terrasses, restaurants. Les commerçants assurent que leurs clients fuient.
Que faire, alors? Tout d’abord, accepter cette réalité: on ne reviendra pas à la Genève des années 50. Nous n’habitons plus un îlot de tranquillité préservé du chaos extérieur. La misère et les souffrances des Roms de Roumanie trouvent un écho jusqu’ici. La violence et la guerre ravageant de lointaines régions du monde amènent dans nos rues une délinquance plus dure.
Face à cette réalité, il faudra sans doute se résoudre à renforcer les moyens de répression. Genève devra se montrer moins gentillette avec certains voyous. Notre appareil légal, prévu surtout pour les braves gens, a montré ses limites.
Mais il faut aussi éviter les amalgames douteux: une grand-mère rom qui tend la main ne doit pas être confondue avec un voleur qui frappe et détrousse les passants. Il ne suffit pas non plus de réclamer des arrestations par milliers et des prisons géantes: la lutte contre la délinquance doit s’exercer dans le respect des libertés et dans l’esprit de notre tradition humaniste. Trouver l’équilibre entre sécurité et droit sera l’un des plus grands défis du prochain Conseil d’Etat.