A en croire la chaîne de télévision Al-Arabiya, la deuxième plus importante dans le monde arabe après Al-Jazira, Genève serait devenue aussi dangereuse que le Bronx. Comme l’a révélé la Radio Suisse romande samedi, Genève est présentée — dans un reportage diffusé en boucle ce week-end sur la chaîne saoudienne — comme un véritable coupe-gorge pour les touristes saoudiens. De quoi écorner sérieusement l’image de la Cité de Calvin, dont l’industrie touristique estivale dépend en grande partie des ressortissants de pays du Golfe. Inquiet, le directeur général de Genève Tourisme, François Bryand, veut en parler avec le Conseil d’Etat.
«Prudence, prudence!»
Le reportage d’Al-Arabiya se base sur l’agression d’un jeune Saoudien, frappé à la tête à coups de barre de métal. Cela se serait passé il y a environ une semaine, mais la police genevoise n’a pas eu connaissance de ce fait divers. Le reportage parle d’une augmentation des agressions ciblant les Saoudiens, qu’il attribue à des ressortissants du Maghreb, des Balkans ou du Caucase. Un gendarme genevois interrogé évoque quant à lui l’ouverture des frontières avec l’Europe. On voit également deux touristes arabes expliquer comment ils ont été victimes d’un vol «à la Zidane», ainsi que des images montrant des joueurs de bonneteau qui arnaquent les touristes sur les quais. Enfin, le consul général d’Arabie saoudite à Genève mentionne des discussions à ce sujet avec les autorités genevoises et parle d’agressions quotidiennes contre des Arabes. Le journaliste conclut son reportage en recommandant à ses compatriotes d’être «prudents, prudents, prudents».
La police genevoise n’est a priori pas au courant de l’agression à la barre de métal dont parle Al-Arabiya. Les statistiques montrent bien une augmentation des lésions corporelles simples et des vols à l’astuce ces dernières années, «mais cela ne vise pas une catégorie de pays en particulier, selon le porte-parole de la police Jean-Philippe Brandt. Ces temps-ci, la seule fois où un touriste saoudien a été impliqué, c’est parce qu’il s’était fait voler 2000?francs au bonneteau. A première vue, la cuvée 2009 des Fêtes de Genève a été plutôt calme. Mais le temps où Genève était si sûre qu’on pouvait se balader avec de grosses sommes d’argent en liquide est révolu.»
François Bryand partage ce constat: «Genève a changé, confirme-t-il. Sans pour autant être un coupe-gorge à chaque coin de rue, on n’y est plus à l’abri de ce genre d’agression. Cette image de ville où ces choses n’arrivent jamais influe sur le comportement des touristes, et les hôtels doivent faire de la sensibilisation.»
Quoi qu’il en soit, ce genre de reportage peut nuire à l’industrie touristique genevoise, d’autant que les touristes du Golfe représentent 20% des nuitées en été. «Cela nous fait beaucoup de tort, parce que nous faisons beaucoup de promotion au Moyen-Orient et que nous y avons une très bonne image. Or, un des facteurs qui attirent ces gens à Genève, c’est justement la sécurité. C’est d’autant plus regrettable que cela se base sur des cas isolés par rapport au grand nombre de personnes que nous accueillons.» François Bryand entend dès aujourd’hui prendre contact avec le Conseil d’Etat et la police, afin d’analyser la situation «sans se voiler la face».
«Un choix politique»
Hasni Habidi, directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen, a vu le reportage en question; «J’ai été surpris, j’ai trouvé que c’était un traitement excessif pour un fait divers. Si Al-Arabiya a donné tant d’importance à ce sujet, ça ne peut être que sur demande de personnalités haut placées en Arabie saoudite, par exemple au Ministère des affaires étrangères. C’est un choix politique. Mais je ne pense pas qu’il y ait une intention de nuire à Genève. C’est seulement l’expression d’une déception. Sur le site d’Al-Arabiya, il y a de nombreux commentaires. Pour certains, si la Suisse n’est plus assez sûre, il faut aller ailleurs.»