Concours

Genève sera la capitale européenne de la cuisine

Par FEDELE MENDICINO le 04.08.2009 à 00:02

Première en Suisse: Palexpo accueillera en juin une vingtaine de chefs pour le Bocuse d’or. Ce concours, qui est un tremplin commercial pour les chefs, n’échappe pas à la critique.

Genève décroche une compétition de prestige: Palexpo accueillera ce printemps le Bocuse d’or Europe 2010. Le 7 et 8 juin, une vingtaine de grands chefs s’affronteront pour décrocher le titre européen. Le tout sous la direction du cuisinier triple étoilé Philippe Rochat et du «Cuisinier du XXe siècle» Frédy Girardet.

«A l’image d’un pilote de F1 et de son écurie, les cuisiniers et leurs escortes en découdront devant les fourneaux», sourit Julien Neirynck, responsable commercial de la manifestation qui a lieu pour la première fois en Suisse. Mais le nom des participants ne sera connu qu’à la fin du mois prochain.

«Remporter un prix à cette manifestation, créée en 1987 par le chef lyonnais Paul Bocuse, est la garantie de pouvoir exploiter un restaurant étoilé Michelin», assure Julien Neirynck, lui-même cuisinier de formation. Quoi qu’il en soit, les 12 premiers marmitons pourront ensuite se qualifier pour la Coupe du monde qui aura lieu en 2011 à Lyon.

«Ce type de concours attire des chefs tout en suscitant des jalousies chez d’autres qui trouvent la démarche trop élitiste», reconnaît Julien Neirynck. Quoi qu’il en soit, ces olympiades du goût sont considérées comme un tremplin commercial remarquable.

Où sont les Genevois?

Star du Domaine de Châteauvieux, Philippe Chevrier estime qu’en décrochant le Bocuse d’or, la Suisse prouve qu’elle devient l’autre pays de la gastronomie: «Ces manifestations se tenaient habituellement à Lyon. Elles permettent de stimuler les vocations et la créativité chez les jeunes. Je n’ai jamais eu l’occasion d’y participer faute de temps, mais ces rendez-vous sont essentiels.»

Même du côté des cuisiniers, qui ont délibérément tourné le dos aux macarons Michelin et aux services en argent, on salue les vertus du Bocuse d’or: «Je ne suis pas branché concours à la base, mais cette manifestation est la plus prestigieuse, souligne Gérard Bouilloux, chef du Vieux Collège à Carouge. C’est très important que Genève ait été choisie, car la ville et la région lémanique accueillent de nombreuses très grandes tables.»

A ce jour, aucun Suisse n’a remporté le premier prix de la compétition dominée par la France. En 1987, le 1er lauréat est Jacky Freon, un candidat tricolore qui empochera un chèque de 10?000?dollars. Il faudra attendre vingt ans pour voir un professionnel helvétique grimper sur le podium: sous-chef à l’Hôtel de Ville de Crissier, Franck Giovannini peut en effet se vanter d’avoir remporté en 2007 le Bocuse de bronze.

Un cuisinier genevois relèvera-t-il le défi? Pour l’heure, motus et bouche cousue du côté de l’organisation. «J’espère que cela contribuera à sensibiliser les gens à la gastronomie», esquive simplement Julien Neirynck.


«Obnubilés par la hiérarchie»

Le concours n’est pas l’avenir de la gastronomie aux yeux de François Simon. Réputé pour sa plume assassine, ce critique gastronomique au Figaro voit dans le Bocuse d’or un spectacle tape à l’œil parmi tant d’autres. «Une sorte de frénésie permanente, une discussion entre premiers de classes.»

Qu’est-ce qui vous gêne dans les concours?

Ils ne me gênent pas en tant quel tels. Nombre de chefs ont souvent des vies de chiens. Ils bossent des heures dans la vapeur des cuisines, la chaleur, les odeurs de graisse et de poissons. Ces rendez-vous permettent de les sortir un peu, de les faire exister.

Alors où est le problème selon vous?

Dans cette surenchère permanente, le concours statufie la cuisine, la rendant savante et orgueilleuse, plutôt que de la rendre digeste, simple, chaleureuse.

Avec ce genre de manifestation, on assiste à de la cuisine de chefs pour les chefs. Il faut dire que cette profession est obnubilée par la notion de hiérarchie, un système qui les poursuit sans cesse.

Pour vous, la gastronomie ne sort donc pas gagnante des concours?

Effectivement. Cela dit, ces concours, qui sont censés stimuler les chefs, valorisent ces êtres hypersensibles. On se retrouve avec des rencontres où les professionnels s’affrontent sur leurs techniques, et dans ce sens-là c’est louable. Mais quand on les voit concocter des plats en forme de ballon de foot ou d’autres formes très kitsch, on se demande où est le bon goût. Ces concours sont trop souvent la manifestation de l’ego insatiable des chefs.

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