Les admissions de patients victimes de coups de couteau ont fortement augmenté, surtout la nuit, au Service des urgences des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Directement confronté à cette augmentation des blessures par arme blanche, le professeur François Sarasin tire la sonnette d’alarme. Interview, suite à notre enquête publiée hier.
La recrudescence des blessures par coups de couteau a une incidence directe sur les Urgences…
Ce phénomène est toujours plus important! Il y a cinq ans, une à deux blessures par arme blanche étaient traitées aux Urgences chaque semaine. Aujourd’hui, on en recense cinq à dix pour la même période; essentiellement durant les week-ends. D’une manière générale, on observe trois à quatre fois plus de blessures consécutives à des bagarres qu’il y a cinq ans; dont les coups de couteau bien sûr, mais aussi des coups de pied et poing.
Comment expliquez-vous ce phénomène?
La violence sous toutes ses formes (verbale, physique) a augmenté, les bagarres sont souvent déclenchées pour un rien. On assiste à des rixes entre filles, et entre adolescents, situations inexistantes il y a quelques années. Ce phénomène est plus particulièrement concentré sur la fin de semaine, entre le jeudi et le dimanche.
Quel type de population est concerné?
Cela touche surtout les hommes jeunes, et les armes utilisées vont du couteau suisse au paramilitaire. La violence physique est devenue un mode de communication en soi. L’alcool joue également un rôle majeur; la plupart de ces situations concernent des patients alcoolisés.
Mais ne se rendent-ils pas compte des risques encourus?
Il y a une grosse banalisation à posséder, voire utiliser de telles armes. Or, les blessures au couteau ne sont jamais banales. Elles n’ont rien à voir avec un coup de poing. Même le plus petit couteau peut tuer! La moindre plaie, aussi petite soit-elle, peut être mortelle. Même avec une minuscule porte d’entrée, une arme blanche peut abîmer une artère ou un organe; et provoquer une hémorragie interne et un décès. Le danger est particulièrement grand au niveau du thorax et de l’abdomen. Trop de gens ne se rendent pas compte des dégâts potentiels qui peuvent être occasionnés.
Cette recrudescence a-t-elle des effets sur la formation du personnel soignant?
Ici, nous avons appris à nous méfier du moindre coup de couteau. On ne sait jamais quelle profondeur la lame a atteint. Pratiquement toutes les plaies de ce type prises en charge aux Urgences sont révisées par un chirurgien. Et quand on a le moindre doute, on préfère garder le patient en observation.