GESTION

La France adopte 158 lièvres genevois

Par LAURENCE NAEF le 04.01.2010 à 00:00

Nombreux sur le canton entre Arve et lac, ils sont accueillis dans la région de Praz-de-Lys.

En trente-cinq battues réalisées sur trois ans dans la région de Jussy-Meinier, 158 lièvres ont été déplacés en France voisine et en Valais. Des «translocations» (c’est le mot exact de cette nouvelle manière de gérer la faune sauvage) qui ont particulièrement bien fonctionné à Arenthon et à Mieussy-Sommand, dans la moyenne vallée de l’Arve.

Animal emblématique

Le lièvre d’Europe est un animal emblématique du milieu agricole. En Suisse, il est sur la liste rouge des espèces très menacées: seulement 2,3 bêtes au km² en moyenne. Mais Genève a le privilège de détenir une densité exceptionnelle. Dans la zone entre Arve et lac, on en comptait 54 au km² en 2005. Un cas particulier réjouissant pour les uns, embarrassant pour les agriculteurs qui voyaient leurs cultures de tournesols décimées. On aurait pu – et cela a été fait à petite échelle – les tirer pour réduire leur impact. «C’est moins cher que de les déplacer et plus radical pour les agriculteurs, admet Franck Péray, garde de l’environnement à la Direction générale de la nature et du paysage (DGNP), en charge de ce projet. Mais ce n’est pas éthique, surtout dans un canton sans chasse. Il y a mieux à faire.» Les battues ont été réalisées avec des bénévoles.

C’est ainsi que ce programme s’est mis en route en 2006 pour transloquer des lièvres en Valais (28, dans une réserve) et en Haute-Savoie, dans la région de Sciez-Margencel (32), de Mieussy-Sommand (42) et d’Arenthon (54). Une charte a été signée entre le canton et la Fédération départementale des chasseurs.

Ces régions, en effet, avaient des populations de lièvres, mais elles ont totalement disparu, notamment en raison de la chasse. Il fallait donc que les chasseurs acceptent un moratoire de cinq ans au moins pour que les populations importées aient le temps de bien s’installer, de se reproduire, d’atteindre au moins une densité de 6 au km². Au-delà, des plans de chasse réduiront les tirs à des prélèvements ponctuels.

«Et cela marche mieux encore qu’on ne l’espérait, s’enthousiasme Laurent Loze, membre de l’Association de chasse communale agréée (ACCA) de Mieussy. Grâce aux lièvres pourvus de colliers émetteurs, nous pouvons suivre leur évolution. D’autres sont porteurs de bagues auriculaires utiles pour les reconnaître lors de comptages nocturnes.»

A Genève, 15 lièvres pris dans les battues ont été relâchés avec des émetteurs. «Grâce à la télémétrie, nous pouvons faire des comparatifs entre la région d’origine et les milieux d’implantation, ainsi qu’entre la plaine (Arenthon) et la montagne (Mieussy-Sommand)», explique le biologiste Claude Fischer, responsable des suivis.


Des chasseurs ont posé leurs fusils

«Ce qui nous réjouit beaucoup, c’est l’engagement des chasseurs dans cette opération», poursuit Laurent Loze.

Même ceux qui étaient contre sont maintenant des fans. Ils ont participé aux battues, aux lâchers, aux comptages. Il y a eu une prise de conscience de l’importance de maintenir de telles populations emblématiques et de favoriser la biodiversité. Du coup, on a appris des tas de choses. Les agriculteurs retardent les fauches. On a placé des panneaux expliquant les buts du renforcement des populations de lièvres. Je dirais que c’est un exercice exemplaire!»
Si le succès semble total dans la vallée de l’Arve, «rien n’est cependant gagné d’avance, avoue Laurent Loze. Avec la faune sauvage, il ne faut pas raisonner en termes de rentabilité. Et c’est bien comme cela.»

Les populations fluctuent

Côté genevois, c’est pareil. «Ce n’est pas parce que l’on a délocalisé deux centaines de lièvres (ndlr: encore deux battues en février et l’opération de translocation sera terminée) que la situation se stabilisera obligatoirement à long terme dans la région entre Arve et lac. Bien qu’à court terme, c’est une intervention qui porte ses fruits, les populations de lièvres fluctuent beaucoup. Et on a peu de connaissances sur les raisons d’une soudaine explosion de l’espèce. On sait en revanche que de grosses baisses sont enregistrées généralement tous les sept à dix ans. Les maladies, la prédation sont des facteurs périodiques. Le type de cultures aussi. Les monocultures ne sont pas propices, les surfaces de compensation écologique le sont», détaille Claude Fischer.

Lièvres gourmands

Il n’est donc pas exclu que les champs de tournesols et de soja fassent encore l’objet de la gourmandise des lièvres genevois! Surtout si une mauvaise météo retarde la maturation des cultures.
(ln)

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