«On se croirait à New York, au Gramercy, c’est génial!» s’écrie un chaland, faisant référence à une célèbre foire d’art contemporain qui se tient dans un hôtel. A Genève, c’est l’établissement quatre étoiles Tiffany qui a joué le jeu. L’hôtel de la rue de l’Arquebuse a ouvert ses chambres Art nouveau aux fringues labélisées Swiss made, en accueillant trente créateurs de vêtements et d’accessoires, dans le cadre des Design Days (lire ci-après). «Ce sont des stylistes installés en Suisse ou des Suisses qui créent à l’étranger», précise Anne Niederoest, coordinatrice de cette exposition annuelle orchestrée par le magazine de mode Edelweiss depuis quatre ans.
Salles de bains devenues cabines d’essayage
Ce week-end à Genève, la formule hôtel a fait florès. En quatre jours, ce sont plus de 6000?personnes qui ont franchi la porte du Tiffany et défilé entre ses étages et ses couloirs étroits. «Jeudi soir, c’était de la folie», raconte un des exposants. Ceux-ci ont dû s’adapter et organiser la présentation de leur œuvre dans un esprit boudoir. Des tiroirs de chevet ont servi d’écrin de bijoux, les lits de vitrines ouvertes et les salles de bains de cabines d’essayage. «Une chambre d’hôtel? Parfait!, s’est réjoui Nicolas Musin. Je suis un nomade.»
Ancien danseur et chorégraphe, lancé il y a un an dans la couture, l’homme a été emballé à l’idée d’exposer ses robes aériennes, légères comme des sauts de petit rat, dans un environnement intime. «C’est une autre dimension que la boutique. Les clients engagent plus facilement la conversation.»
Mais surtout, ce showroom national offre aux créateurs une vitrine inespérée. «Notre secteur est très peu soutenu par l’Etat. La mode en Suisse n’est pas stimulée par des bourses ou des prix comme en France par exemple», regrette Agnès Boudry, une Lausannoise qui depuis deux ans crée sous la griffe Collection 66.
L’événement met en avant la valeur artistique de la mode et attire ainsi un public très large, d’initiés, de novices et de professionnels qui, en parcourant trois étages seulement, peuvent prendre le pouls de la création helvétique.
Une création qui mise sur la valeur du home made autant que du hand made. Ainsi, Harald Péclat, Lausannois à la tête, avec son épouse Chyoung, de la marque Nuit Blanche, présente-il des tricots réalisés entièrement à la force du poignet. Tout comme Jana Keller, qui a fait le voyage depuis Bâle avec ses sacs estampillés Royal Blush. Ils évoquent les Alpes suisses, sont façonnés avec du cuir végétal et tannés dans les règles de l’art avec des racines et des écorces. «C’est le gros succès du moment», relève Anne Niederoest.
Ces trois jours ont aussi été l’occasion pour les petits bleus, les derniers venus, de se mêler aux grands. Magda, Nina et Céline, toutes trois fraîchement diplômées de la Haute Ecole d’art et de design de Genève, ont eu droit à leur chambre pour exposer quelques pièces de leur travail de fin d’études. Et comment voient-elles l’avenir? «Rose.»
Quatre jours pour la création contemporaine suisse
? Après Vevey et Lausanne, Genève a accueilli les Design Days. Cette manifestation annuelle entend offrir un reflet des liens et des échanges entre mode, design et art contemporain. Entre 8000 et 10'000 personnes ont parcouru une ou plusieurs des 50 expositions proposées dans toute la ville durant quatre jours.