«Pour nous, la fin du mois commence le 10.» Dans la famille J., on a souvent de la peine à joindre les deux bouts, même si le père, Alain*, 40?ans, gagne correctement sa vie. Concierge à 100%, il touche 6000?francs net par mois. Quant à la mère, Laurence*, 32?ans, elle travaille comme maman de jour. «Les bons mois, je gagne 1000?francs, les autres, 600?francs. Cette année, il n’y a pas eu de bons mois…» Un emploi d’autant plus précaire qu’en été et pendant les vacances scolaires, elle se retrouve sans travail. Et il faut compter avec les parents, parfois eux-mêmes en situation financière serrée, qui paient en retard pour la garde de leurs enfants. «En ce moment, on nous doit 500?francs. Je ne pense pas que nous les reverrons…»
Leurs revenus conjoints devraient cependant être suffisants pour ce couple et leurs deux enfants de 12 et 10?ans, Amandine* et Julien*. Mais rien qu’avec les charges fixes (1200?fr. de loyer, 1000?fr. d’assurance maladie, 660?fr. d’impôts, 180?fr. de téléphone, 140?fr. d’abonnements TPG, 55?fr. d’électricité, 1000?fr. pour un crédit pour un camping-car), c’est déjà la moitié de leur argent qui est englouti le mois à peine commencé. Il faut y ajouter les dépenses liées aux enfants: frais scolaires, camps de scouts, activités sportives, etc. «La paie tombe le 23, et entre le 5 et le 10, nous commençons déjà à tirer la langue, confie Laurence. Là, en attendant le prochain salaire, il ne nous reste que 80?francs pour cette semaine. Demain, après que nous aurons fait les courses, nous n’aurons plus rien.»
Pour les courses, justement, c’est la chasse aux prix cassés. «Nous prenons les magazines de Migros et de Coop, nous regardons les actions et nous comparons les prix.» Laurence fait le pain elle-même et le petit bout de terrain qu’ils cultivent aux jardins familiaux leur permet d’économiser sur les légumes. Malgré cela, le compte à découvert est une réalité fréquente pour eux.
«Nous n’allons jamais au restaurant ou au cinéma, raconte Alain. A quatre, cela revient trop cher. Le seul plaisir que nous nous permettons, c’est d’aller de temps en temps au match de foot en famille.»
«Je ne me plains pas de mon salaire», précise-t-il cependant. Mais l’effet de seuil leur joue des tours: «Depuis 2004, nous n’avons plus droit à des subsides pour l’assurance maladie, car mon salaire est trop élevé.»
Malgré leurs difficultés, Alain et Laurence n’ont pas de dettes. «Nous payons tout, même si nous devons souvent appeler nos créanciers pour leur dire que nous allons payer en retard ou par mensualités. Nous préférons devoir de l’argent à la banque qu’au docteur.»*prénoms fictifs