Une centaine de millions de francs. Voilà ce qu’il en coûtera pour équiper les terrains des Vergers à Meyrin, où il est prévu de construire 1200 logements. La facture n’a rien d’extraordinaire. La commune de Thônex devra investir tout autant pour son futur quartier des Communaux d’Ambilly. Car sur ces terres vierges, tout reste à faire: canalisations, routes, espaces verts, écoles et locaux divers, la liste est longue.
Ces chiffres pharaoniques, qui n’ont pas été rendus publiques, montrent à quel point les grands projets d’urbanisation vont peser lourd sur les communes. Et qu’il est temps de trouver une manière de partager le coût des infrastructures, au risque de braquer les municipalités les plus ouvertes au développement.
A Meyrin, on marche sur des œufs. Chargé du dossier, le conseiller administratif Roland Sansonnens reste très discret sur ces chiffres. «Ce ne sont que des estimations, et nous voulons éviter tout élément qui pourrait faire capoter le développement des Vergers.»
Thônex: 97 millions
Thônex est plus loquace. Les équipements à réaliser aux Communaux d’Ambilly se montent à 97 millions de francs. La liste comprend deux groupes scolaires, une crèche, des salles de réunion et divers locaux techniques. «Et ce montant ne comprend pas les travaux de génie civil, pas encore devisés», précise le secrétaire général, Philippe Guex. Ces investissements coûteront à la commune près de 7 millions par année en frais d’exploitation et d’amortissement. Sur un budget global de 35 millions.
Cette question n’est pas nouvelle. Il y a quinze ans, Confignon, 3000 habitants à l’époque, avait investi 30 millions pour équiper le quartier de Cressy, mais la donne a changé. Les futurs quartiers prévus sur les zones agricoles sont immenses et le projet d’agglomération indique clairement que l’effort d’urbanisation ne sera pas uniforme. Certaines communes seront préservées de l’urbanisation, d’autres pas.
Répartir les efforts
«Il y a un réel problème, concède Serge Dal Busco, conseiller administratif de Bernex. Le logement est un problème cantonal. Il n’y a pas de raison que les communes qui en acceptent supportent toutes les charges alors que celles qui en sont préservées n’assument rien.» Il existe certes des outils qui permettent d’alléger les coûts, comme la taxe d’équipement ou des subventions à la construction d’écoles, mais ils sont marginaux. Serge Dal Busco serait favorable à un partage des efforts. C’est aussi l’avis des communes de Meyrin et de Thônex. Reste à trouver le système. En tous les cas, la péréquation intercommunale sera difficile à toucher, tant elle repose sur un équilibre fragile.
A l’Etat, un groupe de travail planche sur la question. Il s’agit notamment d’évaluer si les impôts des futurs habitants permettront de compenser les investissements de départ. En charge de l’Aménagement, le conseiller d’Etat Mark Muller rappelle que le canton fait aussi un effort, notamment en finançant les logements sociaux. Une taxe sur les plus-values foncières devrait bientôt apporter un peu de baume aux communes. «Si cela ne devait pas suffire, je serais ouvert au dialogue. Il serait malheureux que des projets soient bloqués pour des questions de financement public.»