Le spectacle de Dieudonné aura bien lieu à Genève les 6 et 7 février prochain. Invoquant le droit à la liberté d’expression, le Conseil d’Etat a déclaré hier qu’il n’annulerait pas les représentations de l’humoriste, malgré la demande du député Christian Brunier. Dimanche dernier, le socialiste a réagi à la dernière provocation de Dieudonné sur scène, le 26 décembre à Paris. Au beau milieu de son spectacle «J’ai fait l’con», le comédien a invité sur scène Robert Faurisson, négationniste condamné à plusieurs reprises pour ses propos antisémites. Sur scène, un figurant déguisé en déporté juif lui a décerné le «prix de l’infréquentabilité et de l’insolence». Alors que le producteur de Dieudonné a déjà annulé le spectacle dans trois villes françaises, le Conseil d’Etat s’y refuse. «On ne peut pas faire de censure préalable», explique Laurent Moutinot, conseiller d’Etat en charge du Département des institutions. «Il faudrait être sûr que le spectacle contient des éléments inacceptables, que l’intéressé va violer la loi. Nous ne sommes pas dans cette situation. Par ailleurs, Dieudonné est déjà venu plusieurs fois à Genève sans qu’aucun incident ne se produise.» Le magistrat, qui assure ne pas vouloir se rendre au spectacle, affirme néanmoins que des sanctions pourraient être prises en cas de débordements.
Cette décision provoque l’incompréhension du côté de la Cicad (Coordination contre l’antisémitisme et la diffamation). «Genève accepte Dieudonné alors que toute la France le boycotte», déplore Philippe Grumbach, président de l’association. «Le silence du Conseil d’Etat face à l’attitude de cet homme, qui est un militant d’extrême droite, est choquant. Nous attendions de la part des autorités une prise de position suite aux événements du Zénith. Il a démontré qu’il était capable des débordements les plus ignobles.» Selon le président de la Cicad, un tel dérapage à Genève ou à Crissier n’est pas exclu. «Je suis étonné que Monsieur Moutinot, ancien président de la section genevoise de la Licra, ne soit pas plus sensible à cette affaire.»
Envoyé radical au spectacle
Du côté des partis, on ne remet pas en cause la décision du Conseil d’Etat. Mais on regrette que l’humoriste ait été invité à Genève et on déconseille à la population de se rendre à son spectacle. «Cet homme est un révisionniste multirécidiviste, explique Michel Halpérin, président du Parti libéral genevois. Si des débordements surviennent lors de la première représentation, l’Etat pourra encore intervenir.»
Le Parti socialiste, par la voix de son président, attend effectivement que le Conseil d’Etat prenne ses responsabilités en cas de dérapage, par le biais d’un dépôt de plainte. «Faire venir Dieudonné à Genève est irresponsable. Si on ne peut pas interdire son spectacle, il faut former un cordon sanitaire républicain et pousser les gens à ne pas y aller!» Les radicaux prendront le taureau par les cornes. «Nous enverrons quelqu’un au spectacle pour pouvoir dénoncer tout débordement», annonce Hugues Hiltpold, président du parti.