«Il y a environ 10% de recours à Genève et 85% des loyers sont considérés comme abusifs.» Il a fallu attendre 21?h?30 hier à Uni Dufour pour que le débat «Comment vaincre la crise du logement?», organisé par la Tribune de Genève, anime véritablement l’auditoire. Avec cette pique, Carole-Anne Kast, maire d’Onex et secrétaire générale du Rassemblement pour une politique sociale du logement, récolte un nouveau tonnerre d’applaudissements. Visiblement un brin décontenancé par «cette affirmation qui ne repose sur rien», Mark Muller riposte maladroitement: «Le niveau des loyers à Genève n’est pas particulièrement élevé.» Résultat: le conseiller d’Etat en charge des Constructions et des Technologies de l’information se fait copieusement huer.
Phrases fortes
Cet échange illustre parfaitement la tournure des événements d’hier soir. Le logement n’a pas fini de diviser à Genève. Et sans grande surprise, deux camps se sont opposés: d’un côté Mark Muller et Benoît Genecand, président de la Chambre genevoise immobilière, estiment qu’on ne résoudra la crise du logement qu’en construisant davantage pour faire baisser la pression sur les loyers. De l’autre, Carole-Anne Kast et Sandrine Salerno, maire de Genève en charge des Finances et du Logement de la Ville, souhaitent que l’Etat soit plus interventionniste.
Au final, combatives et usant de phrases fortes, les deux femmes font mouche auprès du public et sortent gagnantes à l’applaudimètre. Elles demandent notamment que la LDTR (Loi sur les démolitions, transformations et rénovations), cauchemar de la droite, soit renforcée et dénoncent le manque de volonté politique d’acquisition du sol. «Cela permet de maîtriser les loyers pour que les gens puissent se loger décemment à un prix abordable», argumente Sandrine Salerno.
Marc Muller se dit confiant
Mark Muller n’en démord pourtant pas: opposé aux solutions dirigistes, il souhaite «amincir tout carcan, beaucoup trop contraignant». Genève a besoin de 2500 nouveaux logements par an pour assurer un logement à ceux qui font sa croissance… Or il en construit à peine la moitié! Mais le conseiller d’Etat se déclare confiant en l’avenir et espère pouvoir atteindre cet objectif d’ici à 2013.
Expert neutre de la soirée, Claude-Alain Rumley, urbaniste et ancien directeur de l’Office fédéral de l’aménagement du territoire, semble perplexe: «Genève ne donne pas l’image de celle qui veut se développer, jouer un rôle de métropole, comme par exemple Zurich.»