élections

Genève a un nouveau Conseil d'Etat à droite. Echec de la gauche et du MCG

Par JÉRÔME FAAS le 16.11.2009 à 00:00

Les trois magistrats sortants de l'Entente sont réélus. La libérale Isabel Rochat les rejoint, au détriment du PS. Seul contre tous, le MCG n’a pas réussi son coup mais réalise un très bon résultat. L’UDC s’effondre.

La droite est de retour aux affaires. Après quatre ans de purgatoire, l’Entente reconquiert la majorité du Conseil d’Etat. Le radical François Longchamp, le démocrate-chrétien Pierre-François Unger et le libéral Mark Muller conservent leur siège. Sa colistière Isabel Rochat les rejoint, arrachant un siège aux socialistes en pleine déconfiture. Après les élections parlementaires du 11 octobre, qui n’avaient laissé que des miettes à la gauche, Genève bascule donc complètement à droite.

L’Entente a gagné, mais évite de jubiler. Son succès, elle le doit à sa cohésion, analysent les présidents des trois partis qui la composent; une cohésion «qui n’a pas toujours été dans nos habitudes», sourit le libéral Michel Halpérin. Cette union nouvelle est «un gage de succès. Unis, nous pouvons passer quatre candidats sans l’aide de l’UDC, constate le radical Hugues Hiltpold. Conforter l’idée que l’on peut se passer de ce parti, c’est important.»

Pour le triomphalisme, on repassera. Le 11 octobre et le raz-de-marée MCG sont passés par là. «Nous ne pouvons pas nous permettre de rouler les mécaniques, avertit Fabiano Forte (PDC). Sans le 11 octobre, nous aurions pu nous endormir sur nos lauriers, comme nous l’avons sûrement déjà fait par le passé. Mais là, nous devrons faire une politique qui tienne compte des minorités et du MCG. Sinon, cela ne marchera pas, nous risquerons des blocages comme lors de la période du gouvernement monocolore.»

C’est dans ce même esprit que Christian Lüscher, élu national libéral, parle d’une «responsabilité extrêmement importante. Le peuple qui nous offre cette majorité est le même que celui qui a donné ses voix au MCG. Le message est très clair: le peuple n’était pas satisfait de la manière dont les partis traditionnels et le gouvernement ont traité un certain nombre de problèmes. Il a donc envoyé 17 élus observateurs du MCG au Grand Conseil pour s’assurer que les problèmes soient bien traités. Et il nous donne une seconde chance.»

L’Entente veut la police

L’Entente annonce ainsi qu’elle entend «assumer ses responsabilités, et donc les départements clés: l’Aménagement et le Logement d’une part, la Justice et la Police de l’autre», énumère le député libéral Pierre Weiss. La sécurité est même placée au premier rang des priorités par la plupart des dirigeants de l’Entente. «Il serait très lâche de céder ce département à la gauche», résume Fabiano Forte. «La politique de sécurité de l’ancien gouvernement a été totalement défaillante. Bien sûr que l’Entente doit récupérer ce domaine!» lance Christian Lüscher. Ce d’autant plus que Michel Halpérin juge que «la situation a été aggravée par le fait que ce département a été tenu par un socialiste».

Seuls les conseillers d’Etat sortants n’osent pas revendiquer clairement ce département. «Nous ne l’avons pas fait durant la campagne, nous n’allons pas le faire maintenant, ce qui ne signifie pas que nous le refuserons», dit Mark Muller. Pierre-François Unger fait montre de la même mesure.

L’Aménagement suscite toutes les convoitises

Les magistrats sont bien moins timides lorsqu’il s’agit d’évoquer l’Aménagement, manifestement la seconde priorité de l’Entente. «La décision de la gauche de séparer l’Aménagement et les Constructions a causé du tort au logement. Le nouveau gouvernement devra corriger cela», lâche ainsi Mark Muller.

Le déficit de nouveaux logements serait donc dû, à en croire la droite, au fait que la gauche ait détenu l’Aménagement. «Il ne s’est rien passé, aucun déclassement spectaculaire n’a eu lieu», assène Hugues Hiltpold. Et si l’on n’avait pas encore compris que l’Entente tenait à faire main basse sur l’intégralité du Département du territoire détenu jusqu’alors par Robert Cramer, il suffit d’écouter Pierre-François Unger, déterminé à s’arroger le projet d’agglomération. «Je suis le seul qui connaisse tous les partenaires et les fréquente depuis huit ans.»

Reste l’Energie, citée en premier par Hugues Hiltpold, et les Transports, que la droite rêve aussi de récupérer. «Etre majoritaires nous permettra de ne plus mener la politique de mobilité contre l’automobiliste, mais avec lui», espère Mark Muller. Le ton est donné.


«Une sensibilité nouvelle»

Rayonnante, mais pressée, très pressée. A sa sortie de la Télévision suisse romande, ­Isabel Rochat était manifestement plus impatiente de rejoindre ses pairs libéraux au pub que de répondre aux questions sur sa future fonction de magistrate. Interview en coup de vent.

Isabel Rochat, quel est votre premier sentiment?

Un sentiment de soulagement.

Comment expliquez-vous votre succès?

Les candidats de l’Entente étaient une équipe où tous jouaient la même partie, afin de relever le défi lancé par la population sur les thèmes de la sécurité, du logement et de l’emploi.

Briguez-vous le Département des institutions?

Il est trop tôt pour en parler. L’attribution des départements sera une décision gouvernementale. Mais il faut en tous les cas arrêter avec ce Département des institutions, pour le renommer Justice et Police. Département des institutions, cela ne veut rien dire!

N’y a-t-il pas, quand même, un département qui vous attire plus qu’un autre?

J’ai avant tout le souhait que ce gouvernement mène une politique d’Entente, une politique de droite.

Une politique de droite, c’est quoi?

C’est une politique dont l’objectif sera d’appliquer les lois votées par le parlement. Ce dernier étant de droite, en tirant à la même corde, comme une équipe de football, nous pourrons jouer une meilleure partie. Je crois qu’un Grand Conseil et un gouvernement de droite permettront de faire sauter des blocages.

Que vous inspire l’accession de deux femmes au Conseil d’Etat?

C’est une bonne nouvelle, nous allons apporter une sensibilité nouvelle.


Le MCG ne passe pas la porte du Conseil d’Etat

Le Mouvement citoyens genevois n’a pas réussi son coup. Malgré une campagne tonitruante, et un bon score, ses deux candidats, les députés Mauro Poggia et Eric Stauffer, n’ont pas réussi à menacer les représentants de la gauche ou de la droite traditionnelle postulant au Conseil d’Etat.

Les autres partis sont ravis: «On échappe au scénario catastrophe! Vous rendez-vous compte: Stauffer aurait sûrement nommé ses amis politiques au Département des institutions», exulte la socialiste Loly Bolay. «Vraiment, je ne pleure pas sur l’échec de ce parti», ajoute le libéral Pierre Weiss, qui aime manier les euphémismes. Enfin, le président du Groupement transfrontalier, Michel Charrat, rigole dans sa moustache: «Je n’en attendais pas moins des Genevois!»

Bons scores communaux

Le MCG a-t-il vraiment subi un échec? Oui et non. Oui, parce que le parti croyait dur comme fer à ses chances. «Tu verras…» assurait régulièrement à ses partisans le député Stauffer avec le fin sourire de celui qui en sait long: l’échec est patent.

Mais en même temps, les candidats MCG, qui ont recueilli entre 25?000 et 30?000 voix, ont fait un bon score. Mauro Poggia se paye même le luxe de dépasser Eric Stauffer de quelques centaines de voix. De toute façon, les deux hommes obtiennent environ 15?000 voix de plus qu’il y a quatre ans, tout en restant, il est vrai, assez loin de la dernière élue, Michèle Künzler. Cerise sur le gâteau, le MCG humilie l’UDC en mettant plus de dix mille voix dans la vue à son candidat.

Enfin, et ce n’est pas le moins important, le MCG fait un tabac presque partout dans le canton. Le parti confirme son score d’octobre à Vernier, Onex, Meyrin, ville de Genève, Lancy, Grand-Saconnex, Chêne-Bourg, Thônex, Versoix etc. S’il a échoué, malgré le vote compact de ses partisans, c’est donc clairement faute d’alliance électorale. Ses représentants n’ont pas été ajoutés par les électeurs d’autres partis, ni d’ailleurs par ceux qui composent seuls leurs propres listes.

Le système électoral, voilà donc l’ennemi! «Nous avons forcé les autres à se positionner sur la sécurité ou le logement. Mais le système a tout bloqué alors que, dans la rue, on sentait la volonté des gens de changer», souligne le candidat Mauro Poggia. Battu, le MCG n’envisage toutefois pas de se rapprocher de l’UDC, l’autre force non gouvernementale du canton.

«On ne peut pas s’allier avec un parti qui s’en prend aux habitants d’Annemasse et à une minorité, comme celle des musulmans», tonne Eric Stauffer. Un sentiment que l’on retrouve à l’UDC: «Le MCG peut se permettre de dire n’importe quoi, comme de promettre de refaire la frontière malgré les bilatérales, pas nous! Mais c’est un mouvement populiste efficace», concède le candidat UDC Yves Nidegger.

Message reçu?

Et maintenant? Alors que la gauche de la gauche, sortie du parlement, affirmait hier vouloir appuyer tous les «mouvements sociaux» pour peser politiquement, le MCG compte sur son poids parlementaire. «Nous allons faire et défaire les majorités au Grand Conseil», assure Eric Stauffer «Et nous battre pour l’emploi, la sécurité et le logement.» Et les frontaliers alors, on n’en parle plus? «Quand je parle emploi, je pense aux frontaliers!»

Pour le président du MCG, le gouvernement a tout intérêt aussi à travailler dans le même sens, «faute de quoi dans quatre ans, nous serons là». Le message semble pour l’heure reçu cinq sur cinq: «Nous allons gérer les problèmes d’aménagement, de logement et de sécurité», assure le radical Frédéric Hohl. «Nous devons répondre aux questions des Genevois. L’Entente par conséquent doit reprendre le Département de justice et police», souligne Pierre Weiss.

Pierre-François Unger, le doyen du Conseil d’Etat, qui va mener l’installation du gouvernement, est du même avis: «Les partis populistes ont réalisé des scores différents pour des raisons différentes. Le MCG a identifié des problèmes réels, mais les gens n’ont pas cru aux solutions. L’UDC a dérapé, malgré des positions de son candidat qui ne sont pas si éloignées des nôtres. Face à la crise de croissance que traverse Genève, nous devons réagir et régler les problèmes sans fermer le canton en privilégiant l’ouverture et non les moyens souvent illégaux prônés par le MCG.»


L’UDC humiliée par le MCG

Le représentant du plus grand parti national, l’UDC, a essuyé une défaite cuisante. Interview de son candidat, Yves Nidegger.

Yves Nidegger, l’UDC est la grande battue du jour. Votre analyse...

Je dois dire qu’être aussi loin du MCG est… assez humiliant. Mais le succès de ce mouvement de protestation est indéniable.

Comment l’expliquez-vous? Avez-vous raté votre campagne?

Si François Longchamp était à l’UDC, je pense qu’il n’aurait pas fait un bon résultat. Je ne pense pas avoir moins bien communiqué que lui. Mais les alliances nous ont fait défaut et sur le terrain, la présence du MCG a été très forte.

Vous vous êtes aussi divisés…

Nous avons eu des divergences de communication, qui nous ont coûté le soutien des milieux économiques: l’appel à voter pour moi a sauté suite à la fameuse annonce.

Une alliance avec le MCG est-elle désormais possible?

Je ne pense pas. Comme au Tessin, le MCG thématise des éléments cantonaux que nous ne pouvons pas reprendre. Le MCG, lui, peut manquer à la bonne foi et dire n’importe quoi, comme de promettre de refaire la frontière malgré les bilatérales. Pas nous! Mais en parlant à un certain inconscient genevois, le MCG a fait mouche et donné, pour un temps, de l’espoir aux gens.

Sondage

Urbanisation: craignez-vous que l'Arc lémanique ressemble à L.A.?




Tous les dessins d'Herrmann

SEARCH.ch

Commerce

Dernières offres

Marché

Administrateur Système Elan Computing Suisse ..., Geneve

Sales Assistant Suédois ou Néerlandais c/o Cabinet Philippe D..., Vaud

Aussendienstmitarbeiter (m/w) P.M.S. Personalberatun..., Vaud

Biens immobiliers

Marché
Recherche immobilière

Liens Immobiliers
Déménager
Comparer hypothèques
Habiter
Publier une annonce
Saisir votre annonce
A vos grils, prêts?
Nous nous sommes procuré les conseils les plus avisés Plus

En coopération avec:

Homegate

Le monde en images

Sondage

Faut-il interdire le démarchage par téléphone?




Sondage

Pensez-vous que François Hollande pourra relancer la croissance en Europe?





Service clients

  • Abonnements et renseignements
    Nous contacter
    lu-ve 7h30-12h/13h30-17h
    Tél. 0842 850 150, Fax 022 322 33 74
    Depuis l'étranger: +41 22 322 33 10
    Adresse postale: Service clients
    CP 5306 - 1211 Genève 11

Sondage

Dix ans après, comment jugez-vous Expo.02?