Alain Monnier, un enseignant de la Faculté de lettres de Genève, a été retrouvé poignardé en plein cœur samedi en France, dans les eaux du Doubs, vers les Echelles de la Mort, près de la frontière jurassienne. «Ce sont deux pêcheurs qui ont signalé le corps qui flottait dans la rivière, à proximité du barrage», souligne Jean-Marc Peton, commandant de la Compagnie de gendarmerie de Montbéliard. L’homme âgé de 59ans avait disparu depuis jeudi, après avoir quitté à pied son domicile de La Ferrière, dans le Jura bernois, pour se promener.
S’agit-il d’un accident, d’un suicide, ou encore d’un crime? Les plongeurs mobilisés sur les lieux du drame ont retrouvé hier l’arme qui a causé le décès. «Il s’agit d’un couteau de type Opinel de grande taille, précise l’enquêteur. Mais pour l’instant, rien ne prouve que le défunt a été agressée. L’hypothèse du suicide n’est pas écartée.»
Les investigations se poursuivent. La police française recherche d’éventuels témoins (Brigade de gendarmerie de Maîche: +33?381?64?09 56).
«Adoré par ses élèves»
Chargé de cours depuis plus de vingt ans à l’unité d’anthropologie religieuse rattachée au Département des sciences de l’antiquité à l’Université de Genève, Alain Monnier est décrit par ses proches comme un personnage jovial, excentrique et précieux.
«C’est un choc énorme, résume Eric Wehrli, doyen de la faculté de Lettres. Ses collègues et élèves ont été catastrophés par la nouvelle.» La figure tant appréciée, et «amie de tous», est décédée en pleine session d’examens.
«Ses étudiants l’adoraient. Il organisait régulièrement des pique-niques avec eux, évoque Philippe Borgeaud, professeur ordinaire. Tous évoquaient ces virées comme des moments extraordinaires.»
Les hommages qui circulent sur Internet, sont dithyrambiques: «Cet enseignement, immanquablement détonnant et toujours salutairement incongru», «un dandy extravagant, à la barbichette et aux lunettes improbables», «un homme doux, drôle et généreux», «un fin gourmet et fin cuistot».
Amoureux de la nature…
Alain Monnier était aussi un grand randonneur et un «champignonneur» chevronné. «Mais c’était également un poète voyageur, souligne le supérieur hiérarchique de la victime. Il a effectué de longs et périlleux voyages en Amazonie. Il est ensuite parti étudier les peuplades d’Océanie et leurs mythes religieux. Nous n’avons pas seulement perdu un scientifique merveilleux, mais aussi un talentueux écrivain.»
Amoureux de la nature, l’enseignant a été l’auteur de plusieurs ouvrages. «Il avait surtout la plume facétieuse et provocatrice», rappelle Olivier Magnenat, musicien professionnel et ami de la victime depuis quarante-cinq ans. Alain Monnier était l’auteur de «La chronique de l’ex-père Monnier», dans le journal de l’Association pour l’encouragement de la musique improvisée (AMR).
«C’était un faux missionnaire, un secoueur d’esprits et un purificateur de sens», ajoute d’une voix tremblante, le contrebassiste. Alain Monnier signait également «La chronique des Toqués», dans la Revue genevoise d’anthropologie et d’histoire des religions, si chère à ses étudiants.
…et grand amateur de jazz
«Je l’ai connu au Collège, reprend son compagnon de jazz. Lui et moi sommes issus de la génération de Mai?68. On a beaucoup agité Genève dans notre jeunesse. Il a poursuivi des études universitaires mais on a commencé la musique en même temps. Il jouait du saxophone, et on a donné quelques concerts ensembles. Sa perte est inexplicable.»