Craintes

L’enregistrement des lieux de prostitution crée une panique

Par ÉRIC BUDRY le 28.07.2010 à 00:03

Les salons, agences d’escorte et autres endroits où exercent ces dames ont jusqu’à la fin de juillet pour s’annoncer à la police. Des prostituées craignent de perdre leur lieu de travail car la situation est floue. Isabel Rochat les rencontrera vendredi.

«Moi, dès le 31 juillet, je devrai mettre les filles dehors.» Ce responsable d’un hôtel des Pâquis, qui accueille des prostituées depuis des décennies, est catégorique: il ne prendra pas le risque de continuer à louer des chambres à des travailleuses du sexe. Trop dangereux puisqu’il risquerait d’être lourdement sanctionné pour violation de la nouvelle loi sur la prostitution.

Entrée en vigueur le 1er mai dernier, cette dernière prévoit désormais l’obligation pour les responsables des lieux où s’exerce le plus vieux métier du monde de s’annoncer, de montrer patte blanche et de fournir la liste de toutes les personnes qui s’adonnent à la prostitution dans leurs locaux. Un délai jusqu’au 31 juillet a été donné pour se mettre en conformité.

Salons sereins

Il semblerait que les salons de massage et les agences d’escorte prennent leur temps pour s’enregistrer. «Pour mon agence, nous enverrons les documents cette semaine», confie Daniel Ceszkowski, le président de l’Association des propriétaires de salons et d’agences de Genève.

Le patron de Switz-Escort est confiant: «Le seul problème possible tient à la nécessité d’avoir une autorisation du propriétaire de l’immeuble. Mais pour des locaux commerciaux comme les nôtres, tout est clair depuis le début de nos activités. En revanche, lorsqu’il s’agit de lieux d’habitation, cela peut être impossible à obtenir.»

Des cas limites

De fait, le cas des hôtels ou des studios et appartements utilisés par plusieurs prostituées constitue un vrai casse-tête. Doit-on considérer ces lieux comme des salons? La loi n’est pas claire à ce sujet. Seule la personne qui habite et travaille dans le même lieu n’a clairement pas à faire de démarche.

Pour le responsable de notre hôtel, il est en tout cas exclu de s’enregistrer en tant que salon car l’établissement accueille d’autres types de clients. «J’ai même dû prendre un avocat pour contester l’énorme pourcentage de mon chiffre d’affaires que, selon la police, je réaliserais par le biais de la prostitution, explique-t-il. Mais cela n’a pas suffi.»

Les huit femmes qui utilisent les chambres de l’hôtel seraient les principales victimes de la situation en perdant un lieu où elles se sentent pourtant en sécurité. Et elles ne seraient pas les seules selon les rumeurs qui courent aux Pâquis. Patrick (prénom fictif), un habitué du quartier, a ainsi recueilli de nombreuses confidences de travailleuses du sexe inquiètes.

Rencontre avec Rochat

«Chez les prostituées, c’est l’angoisse, explique-t-il. Le sujet anime les conversations entre elles dans les cafés qu’elles fréquentent, parfois avec des clients. Elles affirment qu’elles-mêmes pourront continuer à exercer, mais que leurs logeuses (en fait des collègues) n’ont jamais entrepris des démarches auprès de la brigade des mœurs. Une quarantaine d’entre elles seraient concernées. Heureusement, une délégation rencontrera ce vendredi la conseillère d’Etat Isabel Rochat.»

Nouveau délai demandé

Aspasie, qui défend depuis des années les prostituées, est en première ligne pour tenter de corriger la situation. «Ce qui importe pour nous, c’est de défendre le statut d’indépendantes des prostituées, explique Joanna Pioro Ferrand, assistante sociale de l’association. Or, les femmes qui partagent le loyer d’un local ou sont en sous-location sont justement des indépendantes. Selon nous, on ne se situe donc pas dans le cadre d’un salon.»

La loi et le règlement d’application n’étant pas aussi limpides, Joanna Pioro Ferrand espère qu’il existe une marge d’appréciation. «Tout va se discuter ce vendredi, lors de la rencontre avec la présidente du Département de la sécurité et de la police, poursuit-elle. Nous allons avant tout essayer d’obtenir un nouveau moratoire. Il y a encore trop de choses floues.»

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