A travers les grandes baies vitrées, on distingue les premiers résidants qui prennent leur repas. Depuis le 4 janvier, l’EMS de la Poterie est ouvert. D’ici à la fin du mois, il aura fait le plein: 73?personnes âgées vivront désormais dans cette imposante bâtisse qui domine la rue de la Servette. Il faudra encore attendre que les habitants du coin s’habituent à fréquenter le restaurant, ouvert au public, pour en compléter l’animation. «Nous avons envie d’en faire un lieu ouvert», explique Moreno Sella, président de la Fondation La Vespérale, propriétaire des lieux.
Pistache, lavande, stromboli, mandarine. A la Poterie, chaque étage a sa couleur, chaque espace son matériau: bois dans les pièces à vivre, résine dans les couloirs. L’impression qui s’en dégage est celle d’un lieu lumineux, confortable et soigné dans ses moindres détails par l’architecte Pierre Ambrosetti. L’EMS répond aux toutes dernières normes. Les chambres, toutes individuelles, sont vastes (près de 28?m2), avec une salle de bains et de grandes fenêtres. Les couloirs offrent de belles perspectives sur la ville, les lieux communs sont très aérés.
Portes coupe-feu
Les contraintes de sécurité ont imposé un nombre incroyable de portes coupe-feu très onéreuses. L’administration de la fondation s’est réservé de spacieux bureaux au dernier étage, avec une vue splendide. Le tout est ventilé par un double flux, une technologie aujourd’hui très en vogue qui permet d’obtenir le label Minergie.
L’exploitation subira toutefois les contraintes de l’édifice. Deux tours reliées par une galette centrale. Cette volumétrie peu fonctionnelle a été imposée par des servitudes de vue des propriétés voisines. Les architectes ont dû s’y plier. Plutôt que de grands plateaux horizontaux, de multiples étages à six chambres composent le bâtiment. Le personnel usera de l’ascenseur; c’est la rançon à payer pour être au centre-ville.
Si l’intérieur est réussi, l’aspect extérieur du bâtiment, conçu au départ par l’architecte Francis Goetschmann, est plus contestable malgré des volumes intéressants. La façade en aluminium et les fenêtres découpées à la hache procurent une impression d’austérité peu compatible avec son contenu. Les grandes baies vitrées compensent un peu cette froideur.
Les trente premiers résidants sont venus tout droit d’un ancien EMS de la rue de la Terrassière, qui sera transformé en Unité d’accueil temporaire. Le personnel les a accompagnés. Le reste des employés a été engagé en bonne partie auprès de l’Office du chômage. On compte un employé par résidant.
L’EMS aura coûté 37 millions de francs tout compris, pour lequel l’Etat a versé 13 millions de subventions. Le prix de pension est fixé à 269?fr. la journée, soit 8100?fr. par mois. Tout à fait dans les normes actuelles.
Dix ans de friche
On revient de loin. Cela fait dix ans que ce secteur de la Servette était en friche. Le marchand de meubles Pfister a quitté les lieux en 2000. Puis l’Etat a promis l’ouverture d’un EMS pour… 2004. A l’évidence, il a sous-estimé les contraintes administratives d’une telle ambition.
La Fondation La Vespérale, elle, les a éprouvées. Aujourd’hui que l’aventure est terminée, ses responsables jettent un regard dépité sur le parcours du combattant qu’ils ont dû mener. «Il y a beaucoup trop d’interlocuteurs à l’Etat qui interviennent sur la construction d’un EMS», déplore Moreno Sella, le président de la fondation. Sa vice-présidente, Fabienne Gautier, n’en revient toujours pas. «Nous avions affaire à une multitude de services, dans différents départements, qui nous imposaient des exigences souvent contradictoires. Il n’y a pas de modèle standard d’EMS. Il faut tout inventer. Il nous a fallu trois ans pour faire avaliser notre projet institutionnel. Heureusement, la nouvelle loi va beaucoup simplifier le processus à l’avenir.»
La fondation a acquis le terrain en 2002. Mais ce n’est qu’en 2007 qu’elle a pu démarrer les travaux. «Et encore, nous n’avons pas attendu la dernière autorisation de construire», glisse Moreno Sella.