Les syndicalistes ne cessent de dénoncer depuis plusieurs mois les pratiques de la chaîne suisse de pizzerias Molino en matière d’embauche. Sur son site Internet, l’enseigne annonçait effectivement il y a quelques semaines ne rechercher que des employés d’origine italienne. L’action des divers syndicalistes a visiblement trouvé de l’écho: le conseiller d’Etat François Longchamp a récemment écrit un courrier à l’entreprise, demandant que des explications sur sa politique d’engagement lui soit fournies.
L’histoire commence en février dernier à Fribourg. Une dizaine d’employés renvoyés accusent la chaîne de les avoir licenciés en raison de leur origine non italienne. Afin de relayer ces protestations à Genève, où sont installés quatre restaurants Molino, plusieurs syndicalistes envoient un courrier à l’entreprise avec copie au gouvernement genevois et au Bureau d’intégration des étrangers, puis distribuent des tracts à la population à l’entrée de l’établissement de la place du Molard. Raison de leur colère: les annonces pour des postes vacants chez Molino laissent entendre qu’être Italien est un atout pour être embauché. L’enseigne, elle, conteste ces accusations, qu’elle juge «calomnieuses», et assure ne procéder à aucune discrimination.
En sa qualité de président du Conseil de surveillance du marché de l’emploi (CSME), le conseiller d’Etat François Longchamp a envoyé le mois dernier une missive à la chaîne Molino, concernant les «conditions restrictives d’engagement dans ses restaurants de Genève». «Unanimes, les délégués patronaux et syndicaux du CSME souhaitaient récolter des informations sur les pratiques d’engagement de cette entreprise, explique François Longchamp. La chaîne nous a répondu quelques jours plus tard en nous livrant ses arguments. Ils seront discutés lors de la prochaine séance du conseil, le 3 septembre, où nous déciderons quelle suite leur donner.»
Dans sa missive, le magistrat en charge du Département de la solidarité et de l’emploi constate que Molino a déposé auprès de l’Office cantonal de la population dix demandes d’autorisation pour prise d’emplois destinés à des ressortissants européens. «Il s’est avéré que toutes les personnes concernées sont de nationalité italienne, en confirmation des exigences formulées sur le site Internet de l’entreprise, dans sa rubrique «places vacantes».
«Population vivement émue»
Le conseiller d’Etat explique également à l’entreprise que l’on trouve parmi les chômeurs genevois «plusieurs demandeurs résidents remplissant les qualités requises pour occuper les postes mis au concours par votre société». La lettre poursuit: «Dès lors, vous comprendrez que la population s’est vivement émue lorsqu’elle a appris par la presse les conditions restrictives de vos engagements de personnel. L’autorité cantonale comprend cette réaction populaire et voudrait connaître de votre part la motivation et la juste mesure de la décision de votre chaîne, notamment en considération du marché local de l’emploi.» Pour conclure, le magistrat demande finalement à l’entreprise de le renseigner sur les raisons l’amenant à attribuer ces postes à «des ressortissants italiens et résidant en Italie».
La chaîne de restaurants ne souhaite ni commenter cette missive ni donner les détails de sa réponse. En tous les cas, il n’y a désormais plus aucune mention de nationalité dans les annonces de places vacantes sur son site Internet.