Cette année, l’école primaire genevoise accueille 49 élèves de moins qu’à la rentrée 2007. A cette stabilité des effectifs s’oppose la réduction significative du nombre de classes: fin août, 27 d’entre elles avaient disparu. Ces chiffres arrêtés au 30 septembre, issus d’une note de service du Département de l’instruction publique (DIP), irritent le syndicat enseignant (SPG).
«Ils démontrent la dégradation des conditions de travail des maîtres, commente son président, Olivier Baud. Charles Beer avait pourtant pris un engagement. Il ne s’y est pas tenu.» Le 19 mai, le patron du DIP écrivait en effet à la SPG: «J’ai donc pris l’engagement, quelles que soient par ailleurs les contingences et les contraintes de la nouvelle organisation de l’enseignement primaire, que le taux d’encadrement de 17 au maximum (ndlr: 1 adulte pour 17 enfants) sera strictement respecté à la prochaine rentrée.» C’est raté, il est de 17,07.
Classes d’accueil saturées
Le dépassement est minime, mais ses effets concrets. Huit classes genevoises comptent 26 élèves. Surtout, les classes d’accueil débordent: plusieurs regroupent jusqu’à 16 enfants, alors que «la règle édictée prévoyait une fourchette entre 6 et 12 élèves», précise la note du DIP. Enfin, des migrants qui devraient être scolarisés en structures d’accueil ne peuvent actuellement l’être, aux Allières et à Malagnou. Le magistrat plaide non coupable. «Je ne peux évidemment m’engager que sur des chiffres connus. Un écart existe toujours avec les prévisions: cette année, il était à la hausse. Les deux précédentes, à la baisse.»
Or, en mai, le DIP tablait sur 255 élèves en moins, pour un taux d’encadrement de 16,9. L’augmentation subite des effectifs était peu prévisible, car survenue «surtout en division moyenne (ndlr: 3e-6e primaire). Elle s’explique par la reprise du phénomène migratoire.» Une théorie que valide le trop-plein observé en classes d’accueil: 110 élèves «imprévus» au printemps les fréquentent. Charles Beer assure qu’il va «travailler pour respecter durant l’année le taux d’encadrement promis», via des réallocations de postes au sein du DIP. En revanche, il n’en créera pas de nouveaux. «La demande serait refusée par le parlement.»
«La situation n’a jamais été aussi bonne»
Aux plaintes du syndicat, il rétorque que «les conditions de travail ne se dégradent pas, et il n’a jamais été question d’accepter leur dégradation». Mieux, affirme-t-il, «si l’on prend en compte l’ensemble des personnes travaillant dans les écoles, la situation n’a jamais été aussi bonne qu’aujourd’hui». Le taux d’encadrement n’intègre en effet ni les 14 éducateurs officiant dans les établissements du Réseau d’éducation prioritaire ni les 91 directeurs, «qui ne sont quand même pas des parasites administratifs!» Olivier Baud juge en revanche leur apport «globalement négatif. La charge de travail des enseignants a augmenté. C’est l’effet contraire de ce qui était attendu. Le DIP n’aurait pas dû engager cette réforme sans en avoir les moyens financiers.»