Le redoublement en fin de première primaire (1P) est sous le feu des projecteurs depuis qu’une note du Service de l’enseignement l’a brièvement annulé. Le conseiller d’Etat Charles Beer, «très fâché», a immédiatement abrogé «cette note inadéquate et contraire à la loi». Puis il précise que «la votation sur les notes (ndlr: qui consacre aussi la non-automaticité de la promotion) a contribué à rétablir un taux de redoublement auquel la rénovation s’était attaquée. La mesure était devenue exceptionnelle.» Il documente son affirmation: 1,7% de redoublement en 1P en 2006, puis, dès l’entrée en vigueur de la nouvelle loi, 2,7% en 2007, 2,9% en 2008 et 2,3% en 2009.
Cette analyse, Olivier Baud la conteste. Le patron du syndicat enseignant (SPG) assure que «la rénovation n’a pas eu d’effet sur le taux de redoublements». Pour le prouver, il élargit la période observée. De 1995 à 2009, en effet, le taux moyen de redoublement en 1P atteint 2,9%, avec un pic à 3,9% en 2003. Mais ces chiffres restent ardus à interpréter: jusqu’en 2005, écoles en rénovation et classiques cohabitaient, sans être isolées par les statistiques.
En tout état de cause, la 1P «constitue un enjeu majeur, puisque c’est à cet âge que l’on apprend à lire», explique Charles Beer.
Dans cette optique, il salue le retour du redoublement, tout en signalant qu’il ne se justifie que dans une minorité de cas. «Très souvent, le développement d’un enfant qui ne sait pas lire en juin lui permet d’y parvenir à l’automne sans doubler. Mais j’ai trop vu de cas où l’on promeut l’élève en disant que l’on va remédier aux carences et où on ne le fait pas. Masquer l’échec scolaire n’est pas une solution. Le redoublement est donc une bonne chose. Mais ce qui m’intéresse, c’est ce qu’on met en place pour le limiter.»
Le magistrat énumère: l’école obligatoire à 4?ans, «qui permettra de caler les apprentissages fondamentaux dès cet âge»; la fin des dérogations liées à l’âge — «Les élèves qui n’auront pas 4?ans au 31 juillet ne seront plus admis en enfantine. Aujourd’hui, le taux de redoublements des enfants nés en août, septembre et octobre est deux fois supérieur à celui de leurs camarades plus âgés»; la formation des enseignants axée sur l’apprentissage de la lecture; et l’augmentation de l’horaire scolaire.
Mais adversaires comme partisans du redoublement jugent tout cela insuffisant. «Les mesures d’accompagnement prévues pour les élèves promus mais en difficulté sont si peu garanties que certains enseignants préfèrent opter pour le redoublement», déplore Oliver Baud. Le député radical Jean Romain, favorable au redoublement, est pour une fois d’accord avec la SPG. «Les mesures d’accompagnement sont fort lacunaires. Au Cycle, on prévoit 30 millions pour les organiser. N’économiserait-on pas si on accompagnait énergiquement les élèves en difficulté dès l’école primaire, avec un réel programme d’appui?»