«Jusqu’à maintenant, le président ou la présidente de l’Eglise était alternativement ecclésiastique ou laïque. Mes collègues ont jugé que cette tradition n’était pas obligatoire et me voici succédant à un autre laïque, Georges Bolay», explique Charlotte Kuffer.
Cette nouvelle présidente de l’Eglise protestante de Genève est une élégante et dynamique quinquagénaire, psychologue logopédiste de profession. Pour elle, l’exercice de l’autorité dans l’Eglise ne peut être que collégial.
«Je fais partie du Conseil de l’Eglise depuis quatre?ans. J’en suis actuellement la vice-présidente et j’en serai donc la présidente dès le 1er juillet. Nous sommes neuf au Conseil et les décisions se prennent en commun, par délégation du Consistoire. Le Conseil de l’Eglise, c’est un peu le «bras armé» de ce parlement de 52 membres élus par les fidèles. Je ne suis pas la première présidente de l’Eglise, Nicole Fatio m’a précédée et avant elle Nicole Fischer, quand le Conseil s’appelait le Conseil exécutif.»
Née Burnand, avec de fortes attaches familiales du côté de Vulliens, près de Moudon, Charlotte Kuffer est Genevoise par sa mère et Genevoise et Bernoise par son mari. Un peu Parisienne aussi, car c’est à Neuilly-sur-Seine qu’elle a grandi jusqu’à 12?ans dans un milieu protestant. «Je dois dire que ma connaissance du travail de l’Eglise réformée de France, Eglise de minorité et sans beaucoup de moyens, me donne une sérénité sans laquelle je ne serais peut-être pas là où vous me voyez aujourd’hui.»
Continuer à faire le plus et le mieux possible…
Malgré des revenus limités – «beaucoup de protestants entre 25 et 65?ans négligent de s’acquitter de leur contribution ecclésiastique», déplore la nouvelle présidente – et des paroissiens qui désertent les cultes dominicaux, il faut continuer à faire le plus et le mieux possible…
«Si la mission de l’Eglise était de remplir les temples, je ne serais pas ici», affirme-t-elle. «Transmettre les valeurs toujours actuelles de l’Evangile, ça oui, mais en vivant avec notre temps. L’époque est à l’individualisme, il faut en tenir compte et ne pas sombrer dans la nostalgie des églises pleines le dimanche.»
Concernant la mission de l’Eglise protestante aujourd’hui, Charlotte Kuffer évoque d’abord le travail dans les paroisses et les efforts d’information de l’Eglise, avec à l’esprit la recherche continuelle d’une action qui réponde au plus près aux attentes des chrétiens d’aujourd’hui.
«Un accompagnement adéquat»
«Nous sommes là pour que les gens puissent continuer à rencontrer le message de la Bible, indique Charlotte Kuffer. Souvent les jeunes y pensent lorsqu’ils abordent certains événements de leur vie, un mariage, une naissance, un deuil. Ils sont très demandeurs d’un accompagnement adéquat.»
Longtemps catéchète (ndlr: personne laïque qui enseigne la religion aux enfants) dans sa paroisse de Vandoeuvres, la nouvelle présidente s’est occupée ensuite de la formation des catéchètes eux-mêmes. «Cela se passe au Centre œcuménique de catéchèse, qui réunit les Eglises protestantes et catholiques. La nécessité de l’œcuménisme est évidente à notre époque où la proportion de couples de religions différentes est importante», précise-t-elle.
De la fenêtre de son bureau de la rue du Cloître, Charlotte Kuffer voit Calvin sur l’oriflamme de son jubilé. «Je redécouvre Calvin cette année et c’est passionnant. Ce que le pasteur Claude Reverdin m’a transmis quand j’étais sa catéchumène prend un sens nouveau à la lumière de cette année Calvin. Je crois que cet anniversaire est intéressant pour Genève tout entière, car les Genevois aiment leur histoire.»