La (petite) histoire a aussi ses ironies. Après avoir peiné pendant des décennies pour permettre aux fonctionnaires cantonaux de siéger au parlement, le PS genevois propose de faire un pas en arrière. Le PS?! Eh oui… Dans un projet de loi que nous rendons public aujourd’hui, le député Roger Deneys suggère de contraindre les policiers, ou plus précisément «les fonctionnaires dotés d’un pouvoir d’autorité, soumis par serment à une obligation de subordination envers le Conseil d’Etat», de choisir entre le parlement et leur métier. Si le projet entrait en vigueur demain, cinq fonctionnaires de police perdraient donc leur siège. Ou davantage s’il prenait à une majorité d’élus la fantaisie d’exclure d’autres catégories de fonctionnaires…
Mais ce projet vise uniquement les policiers: pourquoi? Depuis 1998, date de l’ouverture du parlement aux fonctionnaires, cette profession a fait son trou au Grand Conseil. Regroupés principalement au sein du MCG, qui passe du coup pour le bras politique des syndicats de police, ses députés sont actifs dans le domaine de la sécurité, qu’ils connaissent bien. Utilisant les instruments à disposition, ils houspillent et surveillent leur département de tutelle. Or, les policiers ne sont pas des fonctionnaires comme les autres. Leurs liens avec le Conseil d’Etat sont forts. Leur code disciplinaire les différencie nettement des autres agents de l’Etat. Enfin, vu les bourdes des syndicats de police ces dernières années et les outrances du MCG, un renvoi dans les commissariats peut tenter…
Ces questions doivent toutefois être étudiées avec prudence. Après tout, les reproches que l’on peut formuler à l’encontre des députés policiers, notamment celui d’être juges et parties, peuvent aussi l’être pour d’autres catégories de fonctionnaires, voire tous les fonctionnaires. Sans parler d’autres professions du privé bien présentes au parlement, dont on peut soupçonner qu’elles ne sont pas toujours guidées uniquement par l’intérêt public.