Flirter avec la ligne rouge: de longue date, c’est la recette favorite des propagandistes de diverses factions populistes. Des moutons noirs expulsés où l’on ne saurait voir des Africains. Des minarets martiaux doublés d’une femme voilée, qui défigurent, l’air de rien, la réalité des musulmans de Suisse. Ou encore cette expression de «racaille d’Annemasse» dont on feint de s’étonner qu’elle puisse blesser nos voisins.
L’affaire devient routinière. Les intolérants savent profiter d’un pays tolérant – qualité dont ils exigent le bénéfice exclusif… Jusqu’ici, la plupart des gens n’ont pas été dupes. Mais ils doivent ingurgiter leur ration saisonnière de dessins provocants et slogans fielleux. La vie continue. On se demande juste quelle sera la prochaine minorité lynchée.
La tactique de la ligne rouge sert à embarrasser toutes sortes d’autorités. Dilemme: la liberté d’expression prime-t-elle celle de ne pas être insulté? Ou l’inverse? Sur les minarets, la très officielle Commission fédérale contre le racisme a recommandé hier une «pesée d’intérêts minutieuse», après avoir jugé l’affiche équivalente à une «diffamation»: un terme pénal! Héritant de la patate chaude, Genève tolère, au risque de passer pour laxiste, alors que Lausanne interdit, quitte à offrir aux censurés le rôle toujours profitable de la victime. Lundi, notre journal était critiqué après avoir dû trancher le même nœud gordien.
Quelles que soient les lois, des pyromanes trouveront toujours moyen de jouer avec le feu et de se faire passer pour une compagnie de pompiers auprès d’une partie du peuple. On vote beaucoup cet automne! Aux citoyens de se souvenir qu’ils se distinguent tous de la majorité, pour une raison ou une autre. Et que ce pays s’est bâti sur le respect des minorités. Qu’ils congédient donc les pseudo-patriotes qui, en multipliant les boucs émissaires, souillent le fondement de la Suisse.