Cela fait deux fois au moins que le parlement fédéral décide et que Genève dort, avant de se réveiller en sursaut, mais trop tard. La première fois, c’était pour la suppression du jury populaire: les avocats genevois avaient poussé de hauts cris contre une décision déjà prise et impossible à annuler.
La seconde affaire est plus sérieuse encore. Le nouveau Code de procédure civile fédéral va grandement faciliter les expulsions de locataires à Genève. Le texte, voté en 2008, n’a fait l’objet d’aucun référendum. Deux ans après, tant l’Asloca que le libéral Olivier Jornot, peu suspect d’hostilité envers la propriété privée, mettent en garde contre les conséquences dramatiques de cette réforme.
Il est trop tard pour empêcher la loi d’entrer en vigueur. Mais les députés et l’Asloca ont raison de vouloir au moins «arrondir les angles». Une expulsion n’est anodine nulle part. Elle l’est encore bien moins à Genève, où retrouver un logement s’avère presque impossible. Organiser au moins une conciliation avant de mettre des familles à la porte relève du simple bon sens. Espérons que les députés trouveront un mécanisme permettant de conserver les bonnes pratiques genevoises, tout en respectant le nouveau droit fédéral.
L’épisode contient au moins deux leçons. D’une part, le canton réalise une nouvelle fois que son sort se joue souvent à Berne. Les parlementaires genevois devront se montrer encore plus attentifs à ce qui se décide aux Chambres.
Ensuite, l’affaire montre que Genève, qui construit trop peu, trop lentement, préférant conserver intacts ses champs de betteraves et ses zones villas, devra de plus en plus payer le prix de son incurie. Un prix particulièrement douloureux lorsqu’il se traduit par des expulsions.