Classer. C’est devenu très important. Joueurs de tennis, villes et Universités, tous doivent être classés. En eux-mêmes, ces comparatifs ne sont pas mauvais. Les réaliser pose en revanche de nombreux problèmes. Surtout lorsqu’on y accorde trop d’importance, et que les enjeux se révèlent d’une tout autre portée que le rang occupé par Nadal ou Federer.
Le premier souci que posent ces classements réside dans leur multiplication. Sur le plan mondial, il y en a trois pour les Universités. Trois classements, trois résultats différents. Qui croire? Et ce n’est pas tout. Un quatrième, conçu par l’Union européenne, va poindre en 2011, parce que le Vieux Monde se sent défavorisé par les critères adoptés.
Cela nous amène au second écueil, celui de la méthode adoptée. Outre qu’elle varie d’une année à l’autre, d’un classement à l’autre, rendant toute mise en perspective acrobatique, voire intellectuellement malhonnête – un comble dans un univers académique – ces enquêtes surpondèrent des critères purement subjectifs. Pour des raisons méthodologiques ou politiques.
Un exemple: l’étude dite de Shanghai, menée par l’Université Jiao Tong, s’intéresse, à la demande du gouvernement chinois, de près aux Prix Nobel. En Angleterre, où ce classement sert de référence, l’Université de Manchester, mal positionnée, s’est lancée dans «une chasse aux Nobel». Conséquence: les sciences «dures» sont privilégiées au détriment des sciences humaines. Et, finalement, l’institution se trouve asservie aux seuls besoins de l’économie.
Or, les gouvernements ont le devoir de garantir la pluralité du savoir, qu’il soit académique ou non, soit dit en passant. Certes, l’avenir économique d’un pays importe. Mais les dimensions sociales et culturelles de la connaissance comptent tout autant. C’est ce qui assure, en somme, la vitalité d’une démocratie.