Aucune votation dans l’histoire récente n’a été aussi importante pour l’avenir de Genève que celle qui se tient le dimanche 29 novembre.
Formellement, les Genevois sont appelés à voter sur un crédit complémentaire de 113 millions pour la réalisation du CEVA, la liaison ferroviaire Cornavin-Eaux-Vives-Annemasse: 16?kilomètres de double voie ferrée jalonnée de cinq gares, le tout en bonne partie enterré sous les quartiers les plus denses de la ville. Le dossier, truffé d’acronymes, a des airs techniques. Les véritables enjeux du CEVA relèvent d’une tout autre dimension.
Genève joue là son destin de métropole. Elle choisit entre, d’une part, le développement pour une capitale régionale qui veut rayonner au XXIe siècle et, d’autre part, l’encroûtement provincial, avec pour seule et intenable ambition le maintien des acquis réalisés au XXe siècle. Non moins important: c’est le futur de toute une région, qui va d’Annecy et d’Evian jusqu’à Lausanne en incluant l’arc lémanique, qui se trouve suspendu à la décision du peuple genevois. Car le CEVA est le maillon manquant d’un réseau de transport qui dépasse les frontières genevoises.
Une fois ces cruciaux enjeux posés, on comprend mieux la guerre passionnée, tissée de mensonges, nourrie d’un tir continu d’invectives et d’injures, que se livrent les camps pro et anti-CEVA. L’atmosphère houleuse, parfois furieuse, qui a marqué le grand débat «Tribune de Genève» jeudi soir, témoigne moins de la concurrence aiguë entre deux projets, CEVA contre barreau sud, que de deux visions fondamentalement différentes pour le futur de la région.
Ne nous laissons pas tromper par les arguments économiques des opposants au CEVA. Leurs études et statistiques sur les flux de pendulaires sont aussi bricolées que le couplage proposé, sur le mode du mariage de la carpe et du lapin, entre un RER suisse, un train SNCF et un métro semi-léger, le tout flanqué d’un gigantesque parking à la campagne. Les opposants dessinent des plans qui défient toute logique urbanistique.
Pourquoi? Parce que leurs intérêts sont ailleurs. Le noyau dur et actif des opposants au CEVA, recruté au MCG et à l’UDC, défend d’abord les intérêts particuliers de certains habitants de Champel qui redoutent de voir émerger de la gare située sous leurs pieds une nombreuse populace venue d’ailleurs. Une idée qui les fait bien davantage vibrer que le train en sous-sol dont ils redoutent tant les trépidations.
Leur projet du barreau sud ne constitue pas une alternative au CEVA. Faute de plan, de financement et surtout d’autorisations – à combien de dizaines d’oppositions aux expropriations se heurteront-ils? – le projet du barreau sud, fort mal conçu, ne verrait pas le jour avant trente ans, voire bien plus.
D’ici là, sans moyen de transport public efficace au niveau régional, Genève sera totalement asphyxiée. Une évidence que les opposants au CEVA, aveuglés par la défense de leur pré carré, semblent incapables de saisir. Demain pourtant, si le CEVA ne passe pas, les habitants de Champel seront immobilisés comme tous les Genevois dans une ville qui lentement déclinera.
Le projet du barreau sud n’est qu’un leurre pour stopper le CEVA. Ce dernier n’en est pas parfait pour autant. Il ne rejoint pas l’aéroport, il aurait dû proposer une ou deux haltes supplémentaires afin de mieux desservir les citadins, il coûtera davantage que le 1,47 milliard prévu aujourd’hui, c’est certain. Ne nous en cachons pas.
Reste qu’il est aujourd’hui le seul projet viable, cohérent et intelligent qui permette aux Genevois de regarder l’avenir de leur ville avec confiance
et ambition. Genève ne peut tout simplement pas se passer du CEVA.