Qui ne se souvient pas des dimanches dits «noirs» qui ont plombé la Suisse? Singulier contraste avec ce dimanche de votations lumineux, presque parfait. Oui au financement de l’AI par une hausse de la TVA, oui à une baisse d’impôts qui profitera aux familles genevoises, oui à l’extension de l’OMC et surtout oui à la loi interdisant la fumée dans les lieux publics. Les Genevois, faisant preuve de cohérence et d’une fine analyse des objets soumis, ont pris leurs décisions à des majorités sans appel. Mais voilà déjà que nos habituels trublions de la République s’apprêtent à s’engouffrer dans les brèches les plus étroites avec l’espoir de casser les décisions du peuple. Ainsi, la loi sur la fumée, qui a été plébiscitée hier par 81,7% des votants, sera attaquée sur deux fronts. D’un côté, par les croisés de l’air pur, qui affirment que les fumoirs prévus ne seraient pas conformes à l’article constitutionnel adopté par le peuple déjà à 80% en février 2008. De l’autre, des forcenés de la liberté de fumer, prêts à lancer une initiative pour laisser libre les cafetiers d’enfumer leur clientèle.
Même scénario suite à l’acceptation très large de l’extension de l’OMC (61,8% de oui). Action Patrimoine Vivant poursuit son combat de blocage en voulant faire classer les bâtiments sans valeur architecturale particulière de l’OMC. Sans compter ceux qui à gauche ne manqueront pas de relancer la bataille anti-OMC au niveau cantonal lorsqu’il s’agira de déclasser les zones concernées. Si les habitants de la ville de Genève se sont montrés favorables au projet de l’OMC, il est assuré que la majorité serait encore plus forte au niveau cantonal.
La démocratie, à Genève comme dans le reste de la Suisse, offre d’innombrables et nécessaires outils permettant d’assurer que chaque citoyen peut faire entendre sa voix. L’avis du peuple doit être déterminant lorsque les intérêts de la collectivité sont en jeu. Mais à Genève, bien plus qu’ailleurs, cet idéal démocratique est trop souvent dévoyé par quelques spécialistes de la manœuvre politico-politicienne, aidés, il est vrai, par l’amateurisme de certains gouvernants. Par deux fois, à une majorité écrasante, le peuple a voté contre la fumée dans les lieux publics. Une fois sans fumoirs, une fois avec. Et hier, il a aussi clairement dit son attachement à la Genève internationale. Cessons d’enfumer le peuple. Arrêtons là ces combats d’arrière-garde qui se poursuivraient au mépris des citoyens… et aux yeux amusés, voire condescendants du reste de la Suisse. Il est temps d’avancer.