Réforme

L’Ecole de commerce est frappée par 70% d’échec

Par Sophie Roselli le 03.11.2011 à 00:00

Près de 700 élèves échouent en fin de première année. L’espoir repose sur une réforme qui peine à déployer ses effets.

C’est l’histoire d’une école au profil devenu peu à peu flou. Au diplôme ni général ni professionnel. Et au taux d’échec en fin de première année, en plein temps scolaire, de… 70%! Soit 700 élèves. Un record au postobligatoire. Autant de signes montrant que l’Ecole de commerce est malade. Syndicat et Département de l’instruction publique (DIP) ne partagent ni le diagnostic ni le remède.

D’abord le contexte. Une nouvelle loi fédérale sur la formation professionnelle conduit l’Ecole de commerce genevoise – accueillant 5000 élèves – à se réformer. Exit le diplôme. Un certificat fédéral de capacité (CFC) sera délivré dès 2013 aux élèves entrés dans le cursus l’an passé. La transition a commencé, mais elle n’a pas (encore) eu l’effet escompté.

Résultat «anormal»

«Cette réforme n’augure rien de bon, considère Marti Ruiz, membre du bureau de l’Union du corps enseignant secondaire genevois (UCESG). Le taux d’échec en fin de première année en plein temps école, à la fin de juin, était de 70%. Or, ce taux atteignait 40% sous l’ère du diplôme.» Son explication? Pour ces élèves qui suivent des cours à 100%, les exigences sont plus élevées que pour ceux partageant leur temps entre l’école et l’entreprise (CFC dual). «Le département n’a pas mis en place le cadre nécessaire pour éviter l’échec», estime-t-il. La solution passe par «une diminution des effectifs par classe, d’une moyenne de 21 pour les matières générales, à 18».

Le directeur général de l’enseignement postobligatoire, Sylvain Rudaz, livre une autre analyse: «Ces mauvais résultats ne sont pas imputables à la réforme. Nous observons 70% d’échec, mais depuis 2003.» Et cela en raison de deux facteurs: la provenance des élèves et l’harmonisation des normes d’entrée entre l’Ecole de commerce et l’Ecole de culture générale, à la fin des années 90. Résultat: «Jusqu’à présent, l’Ecole de commerce se situait entre deux mondes, analyse le chef du DIP, Charles Beer. Le fait d’avoir une structure académique dans une structure professionnelle brouillait la perception de l’enseignement. Par conséquent, bon nombre d’élèves issus du Cycle qui choisissaient cette voie n’intégraient pas cette culture professionnelle et manquaient d’engagement dans leur formation.»

S’il reconnaît la «responsabilité institutionnelle» dans ce résultat «anormal», il compte sur cette réforme, basée sur des cours plus pratiques mis en place progressivement dès la première année. Depuis cette rentrée, un tiers du temps scolaire en deuxième année est consacré au savoir-faire, à travers un «espace entreprise», encadré par des formateurs spécialistes.

Quatre ans de transition

Pour accélérer le rétablissement du «malade», ne faut-il pas agir sur le taux d’encadrement? «Les effectifs baissent en cours d’année, remarque pour sa part Sylvain Rudaz, et ils sont très réduits dans les cours de langues et de pratique professionnelle.» Le directeur général balaie les critiques du syndicat, en assurant que les exigences sont les mêmes pour le CFC plein temps que pour le CFC dual.

Malgré tout, comment expliquer le faible impact de la réforme lancée l’an passé? «Décréter qu’une école généraliste devient professionnelle est une chose. Changer les mentalités, des élèves comme des enseignants, en est une autre», répond Sylvain Rudaz, et ce malgré des efforts d’anticipation. Il faut «trois ou quatre ans pour que le changement de paradigme opère réellement».

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