Genève est à nouveau bonne dernière du classement national issu de PISA. Cette enquête compare les connaissances des écoliers de 9e année dans 57 pays (nos éditions d’hier). Depuis 2000 et le début de ce test mené tous les trois ans, le canton reste bloqué à cette place.
«Tout le monde bloque sur le classement. Mais est-ce réellement ça qui est intéressant?» Muriel Meunier a fait sa thèse de doctorat en économie de l’éducation sur l’étude PISA 2000. Chercheur de la Swiss Leading House Economics of Education (Haute Ecole de gestion) à Genève, la jeune femme reconnaît à PISA le mérite d’avoir suscité un vrai débat sur l’éducation en Suisse. Mais elle se demande pourquoi des évaluations systématiques et exhaustives n’existent pas à l’échelle nationale. «Sans mesurer le niveau des élèves avant et après une réforme, comment en évaluer la pertinence?» s’interroge-t-elle.
Que penser de la question des élèves étrangers? On a beaucoup entendu que si les Genevois étaient si mauvais en lecture, ils le devaient à la grande proportion d’enfants étrangers ne maîtrisant pas la langue. Pour preuve, les Finlandais, en tête des classements, auraient des classes plus homogènes.
Réponse de l’experte: «Cet argument a été beaucoup mis en avant. Objectivement, les résultats des Suisses sont supérieurs à ceux des immigrés dans toutes les disciplines. Et le fait que les natifs réussissent mieux que les immigrés est observé dans de nombreux pays.» Mais le problème pour un élève, complète aussitôt Muriel Meunier, n’est pas seulement le fait d’être étranger. «Les jeunes immigrés sont issus de familles, en moyenne, socialement plus défavorisées avec, par exemple, des parents moins éduqués ayant une situation plus précaire sur le marché du travail. Ils habitent dans des quartiers défavorisés et fréquentent des écoles où la proportion des enseignants les mieux formés est généralement plus faible.»
Le problème réside dans le «cumul de ces caractéristiques». Le simple fait d’être allophone ne prédispose pas forcément à une moindre réussite scolaire. Ainsi, un enfant qui ne parle pas la langue du test à la maison mais qui vient d’un milieu aisé n’aura pas plus de problèmes qu’un autre.
Alors que faire face à cette reproduction sociale décriée depuis Pierre Bourdieu? «Les solutions sont complexes et nécessitent des recherches plus poussées que celles entreprises à partir de PISA», répond l’économiste, qui esquisse tout de même quelques pistes. «Dans le canton de Genève, par exemple, il existe des données administratives très intéressantes qui permettent de suivre le parcours des élèves pendant toute leur scolarité obligatoire. A cela s’ajoutent les épreuves cantonales effectuées chaque année pour les élèves en 2e et 6e primaire ainsi que les évaluations communes en 7e, 8e et 9e du Cycle d’orientation. L’allégement des procédures administratives permettant d’avoir accès à ces données publiques serait une grande avancée pour la recherche en éducation.»