L’idée était dans l’air, elle sera bientôt ancrée dans l’eau. L’Etat et la Ville vont simplifier la vie des nageurs qui s’ébattent dans les eaux du Rhône à la Jonction. Des échelles seront placées ce mois sur la rive gauche du fleuve, en aval du pont de Sous-Terre. Mais ce n’est qu’une première étape: cinq plates-formes devraient être érigées sur les eaux d’ici à l’été prochain.
«Il s’agit de rendre à la population un espace agréable qui est actuellement laissé un peu à l’abandon et jonché de crottes, commente la conseillère d’Etat chargée de l’Intérieur, Michèle Künzler. Faciliter l’accès à l’eau, c’est proposer des loisirs gratuits et facilement accessibles à pied, à vélo ou en bus.»
Convergence d’intérêts
La magistrate Verte plaidait de longue date pour de telles réalisations et, lors de son entrée en fonction l’hiver dernier, a réalisé avec joie que l’idée germait dans ses services, du côté des gardes-ports. La Ville avait aussi des projets, réclamés par l’Association des habitants de la Jonction: «Nous sommes très satisfaits de l’investissement des autorités, déclare Mirko Weber, membre du comité. Nous espérons que les habitants pourront ainsi s’approprier les lieux.»
La barrière qui longe le sentier des Saules, sur la rive gauche, sera percée en cinq endroits et, d’ici au 23 juillet, des échelles seront installées pour rejoindre le Rhône. La dernière sera placée le plus près possible de la pointe, afin de permettre aux baigneurs de regagner la rive avant d’être frigorifiés par les eaux glaciales de l’Arve. Le Service de l’aménagement de la Ville posera dès la semaine prochaine des platelages boisés, montés sur des plots en béton, qui permettront aux baigneurs de sécher au soleil sur le quai.
L’an prochain, des plates-formes de quinze mètres carrés, munies d’échelles, devraient surplomber le fleuve. On en prévoit trois le long de la rive gauche. Sur l’autre, on compte en placer une à la promenade du Prieuré de Saint-Jean et une seconde près d’enrochements situés en aval. On songe aussi à une microbuvette associative.
Eaux de l’Arve à éviter
Des panneaux seront posés pour appeler au respect du lieu et avertir des risques. «La baignade dans le Rhône est interdite au centre-ville car elle est excessivement dangereuse en raison du courant et des obstacles, martèle Yves Duffey, chef de la capitainerie et des gardes de l’environnement à l’Etat. En aval du pont de Sous-Terre, on est libre de nager. Mais il faut se garder des eaux froides de l’Arve: il y a un risque d’hypothermie.» Le courant et la navigation sont d’autres menaces.
Le sujet est sensible, alors que Genève a déploré la semaine dernière la noyade d’un ouvrier dans le fleuve. Les autorités ne sont-elles pas en train d’inciter les gens à prendre des risques? «La baignade se pratique déjà, de façon sauvage actuellement, note Michèle Künzler. Ces réalisations augmentent plutôt la sécurité. Les échelles permettront aux gens de se raccrocher. Si une buvette voit le jour, elle garantira aussi une présence.»
Ces nouveautés sont plutôt bon marché, selon Yves Duffey. «Si on veut des choses parfaites et chères, rien ne se passe, juge le cadre. On peut faire simple, sans que ce soit du bricolage.» Ses services font le tour du lac pour repérer d’autres sites susceptibles d’être dotés de plates-formes balnéaires.