Savait-on que les Genevois sont attachés à leur eau, curieux de son goût et de ses qualités diététiques? Si un doute subsistait, l’exposition de ce week-end l’a levé. La tente que les SIG ont plantée à la place du Rhône a fait le plein d’une foule à l’évidence avide d’en savoir plus sur ce liquide si banal qui coule du robinet. Première étape: la dégustation. Trois verres remplis de Volvic, d’Evian et d’Eau de Genève (avec une majuscule puisque les SIG s’amusent à en faire une marque). Concentration, et résultats: les Genevois ont les papilles alertes. «Entre 60 et 70% ont repéré l’eau du robinet au milieu de l’échantillon», s’étonne Blaise Jeanneret à la remise des copies. Et pour une bonne partie d’entre eux, c’était leur préférée. David, le collégien, s’est fourvoyé. «J’ai dit la B car elle avait un léger goût de chlore. C’était faux.» Son frère Raphaël, lui, est tombé juste. Et c’est une découverte. «Je ne savais pas que l’eau du robinet était si pure. Je fais beaucoup de sport et j’ai l’habitude d’acheter l’eau en bouteilles. Je crois que désormais, je vais me servir au robinet.» Son père opine: il fera des économies.
«Mon fer s’encrasse»
Deuxième étape: le contrôle qualité. Une sexagénaire arrive au stand avec deux bouteilles. «Mon fer à repasser supporte l’eau de chez moi, à Ernest-Pictet, mais il s’encrasse quand je l’utilise à Troinex.» Maurice Catenaccio fait les analyses. «Normal, Madame. L’eau de Troinex provient en partie de la nappe du Genevois. Elle est davantage calcaire.» «Mais elle est bonne à boire?» s’inquiète la dame. «Bien sûr, elle contient juste beaucoup de calcium, celui dont les enfants ont besoin pour grandir. Pour votre fer, utilisez un filtre, ou alors prenez l’eau de votre séchoir à linge, elle est déminéralisée.» Au père d’une famille de Bernex qui déplore que son pommeau de douche s’encrasse, il répond: «Trempez-le de temps en temps dans le vinaigre.» Plusieurs centaines de Genevois ont ainsi apporté leur eau pour une brève analyse. Et beaucoup se sont inscrits pour faire partie des goûteurs. Une sorte de brigade de volontaires que les SIG mettent en place pour veiller à la bonne qualité de leur eau.
L’écobilan flatteur
Troisième étape: l’écobilan. Où l’on nous dit que l’eau minérale en bouteille génère une charge environnementale jusqu’à 1000?fois plus grande que l’eau du robinet. Exemple: boire deux litres d’eau du robinet par jour durant une année revient à rouler deux kilomètres en voiture. Mais boire la même quantité d’une eau en bouteille importée d’Europe revient à rouler 2000?km. Quant au prix, il n’y a pas photo non plus. Lire aussi sur www.eaudegeneve.ch
Le robinet glamour
Campagne de pub, animations promotionnelles. Qu’est-ce qui pousse les Services Industriels à faire la pub de l’eau du robinet? «95%
des Genevois savent que leur eau est de bonne qualité, constate Thierry Truchet, responsable marketing aux SIG. Mais seuls 50% la consomment tous les jours. Et 12% n’en boivent jamais.» Il y a donc de la marge. Opération économique pour les SIG? «Non, l’eau de boisson représente moins de 1% du volume total.» Alors? «L’eau est très équilibrée en sels minéraux, pauvre en nitrate et irréprochable d’un point de vue bactériologique.» Bref, le «produit» est bon, autant en faire profiter le plus possible. Les SIG lui ont donné un nom: Eau de Genève. En s’enrobant de ce lustre glamour, les SIG espèrent convaincre ceux pour qui boire en bouteille rehausse encore leur statut social. Les SIG ont d’ailleurs produit 10?000 carafes design. En vente aux SIG ou au pont de la Machine. Et bientôt promues dans les revues de décoration d’intérieur?