Déposera, déposera pas? Dans l’affaire qui oppose la Télévision suisse romande (TSR) à Dieudonné, la balle est désormais dans le camp de l’humoriste, libre de déposer ou non une plainte pénale. La médiation tentée mercredi soir n’ayant pas été concluante, le conflit né d’une déclaration indélicate de Pascal Bernheim dans l’émission Tard pour bar du 27 novembre dernier reste ouvert. Pour l’avocat de Dieudonné, Jacques Barillon, si «la TSR n’entend pas reconsidérer sa posture intransigeante», ce pourrait être à un juge de diriger l’enquête à l’encontre de tous ceux qui, «à quelque degré et à quelque titre que ce soit», ont participé à la commission de l’infraction. Lors de la fameuse émission, les participants se demandent si l’on peut rire de tout. On en vient au cas Dieudonné. Le comique Frédéric Recrosio se lance, doute des capacités humoristiques du Français et estime que Dieudonné n’est finalement «lui-même pas assez futé pour exactement manipuler les…» Et Pascal Bernheim de répliquer: «Bah, c’est un nègre…» Conscient de sa gaffe, Pascal Bernheim, animateur à la Radio suisse romande et ex-auteur de la Revue, s’excusera par la suite sur Internet.
Plainte classée par Daniel Zappelli
Cette «blague à deux balles», selon la qualification même de son auteur, n’a, dans le contexte, pas choqué Michel Zendali, aux commandes de Tard pour bar. Selon le journaliste, tout indique que le propos a été déclaré au deuxième degré. «Il dit cela dans une émission où les invités sont des humoristes. C’est comme s’il avait dit: «Bah, c’est une blonde…» N’aurait-il alors pas pu dire: «Bah, c’est un Black»? «Il aurait peut-être dû le dire comme ça», admet Michel Zendali, présent lors de la médiation. Toujours est-il que la TSR n’estime pas que ces propos relèvent d’une infraction pénale. «Nous n’y voyons pas de caractère raciste ou discriminatoire», indique Patrice Aubry, du service juridique de la chaîne. Laquelle peut désormais s’appuyer sur le classement de la plainte déposée par l’Association Kasaï auprès du Parquet. Celle-ci visait Pascal Bernheim et Michel Zendali. Selon Daniel Zappelli, cité par la TSR, «ces mots relèvent plus de la boutade et ne doivent pas être considérés comme pénalement pertinents».
Charles Poncet approuve
Vraiment? Tout à fait, estime Me Charles Poncet, ardent défenseur de la liberté d’expression. S’il reconnaît que le terme de «nègre» est incontestablement injurieux, celui-ci ne constitue toutefois pas un délit. «L’article 261 bis du Code pénal porte sur l’incitation à la haine raciale et protège celui qui aura été publiquement victime d’une atteinte à sa dignité humaine.» Pour l’avocat, la TSR s’est même montrée «bien gentille» d’accepter une médiation. Il ne donne ainsi pas cher d’une éventuelle plainte pénale de Dieudonné. «En droit pénal, il s’agit d’envoyer ou non une personne en prison, rappelle l’avocat. Bernheim a seulement fait un gag, en usant d’une antiphrase.»
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