«There’s probably no God. Now stop worrying and enjoy your life.» Traduction? «Dieu n’existe probablement pas. Arrêtez de vous angoisser et profitez de votre vie.» Voilà le message qui s’affiche depuis quelques jours sur les flancs de centaines de bus desservant les grandes villes britanniques. Mécréante, la campagne de pub. Et singulière aussi. Ça change des désodorisants et des céréales. Elle a été lancée par une association laïque, les Humanistes britanniques. Et financée par des milliers de donateurs privés. Des donateurs bien plus nombreux que prévu d’ailleurs. Cet automne, l’association avait ainsi tablé sur 5000 livres sterling (environ 8500 de nos francs) pour financer sa campagne. En quelques semaines, elle a récolté quelque 135?000 livres de dons de la part du public. Du coup, l’opération a pu être étendue au métro londonien ainsi qu’à deux écrans géants sur Oxford Street. Impossible d’y échapper.
Rebonds espagnols
Mais… so what? A quoi bon cet évangélisme athée? «Notre campagne a démarré en réaction à des publicités pour un groupe baptisé Jesus Said ( Jésus a dit ) qui renvoyait le public vers un site au contenu très agressif et inquiétant», explique Hanne Stinson, directrice des Humanistes britanniques, à notre confrère The Observers. «L’affiche s’adresse aux non-croyants, avec l’intention de les rassurer, de leur signaler qu’il existe de nombreuses personnes qui doutent aussi.» Evidemment, le placardage impie a fait des vagues dans les bénitiers. Une miniguerre sainte verbale, même si nombre de figures religieuses britanniques ont réagi favorablement, estimant que le débat sur l’existence de Dieu mérite toujours de crépiter. L’opération a également connu un certain écho sur le continent. En Espagne en particulier, où des groupes laïques se sont offert des encarts publicitaires reprenant mot pour mot le slogan anglais. Du coup, certaines structures religieuses ont contre-attaqué. «Oui, Dieu existe bien. Profite de la vie en Jésus-Christ», ont ainsi pu lire récemment les Madrilènes au dos d’autobus municipaux. Quel distrayant ping-pong!
Le silence de nos athées
Quant à nos TPG à nous, ils demeurent, pour l’heure, vierges de tout message résolument laïque. A vrai dire, en ces heures de folie religieuse, où les diverses confessions tiennent le crachoir dans les médias, la pensée athée observe par ici un silence, euh… religieux. On aimerait pourtant les entendre participer au débat, nos libres penseurs suisses romands. «Il existe une vraie omerta sur l’athéisme», s’insurge Narcisse Praz, romancier, essayiste et pétulante figure libertaire régionale. «Pas un dimanche sans office religieux dans les radios et télévisions de service public. On tend le micro au pasteur, à l’imam, au rabbin, au monseigneur. Mais aux athées, jamais, ou presque.»
Ivo Caprara, responsable rédactionnel de la revue vaudoise Le Libre Penseur, persifle sur la même longueur d’onde dubitative: «Les journaux consacrent de pleines pages à l’horoscope et pas une ligne à la pensée non croyante. Imaginez tout ce qui est écrit sur le pape. Nous sommes expressément marginalisés.» Marginalisés, peut-être. Mais fort discrets tout de même. «L’athéisme est bien plus répandu qu’on ne le croit en Suisse, mais sous une forme résignée», analyse Narcisse Praz. «On s’inflige une autocensure gigantesque en craignant de se faire taxer d’islamophobe, d’antisémite ou de bouffeur de curé primaire.» Dans un canton comme Genève, où Eglise et Etat font chambre à part depuis plus d’un siècle, l’athéisme se fait plus mutique encore. «On ne fait pas grande publicité», sourit Joseph Bouquet, responsable de l’antenne locale de l’Association suisse de la Libre Pensée. «Pourquoi manger du curé ou de l’imam? Ce serait bien trop indigeste.» La section locale a donc choisi d’observer en touche, d’un œil goguenard. «Nous n’avons pas de vérité à défendre, pour la simple raison qu’il n’y a pas de vérité», continue Joseph Bouquet. «Les chiens aboient, la caravane passe. Quand les religions ne seront plus là, il ne restera plus matière à en rire.»