Qui est Didier Piguet? Le golden boy flambeur qui plume allégrement ses 200 clients pour mener la belle vie? Le financier déchu et honteux se dénonçant au procureur général pour recommencer aussitôt? L’accusé au costume froissé, à l’air pitoyable, quasi mutique, qui comparaît depuis mercredi dernier devant la Cour correctionnelle? Tout ceci sans doute.
Mais aussi un homme qui entretenait d’étranges relations avec les femmes. On se souvient du contrat d’esclavage sexuel conclu en 1998 avec une Genevoise payée 12?000?francs par mois pour se soumettre aux divers caprices du «maître». Contrat grotesque qui ne prenait fin que lorsque l’un des deux protagonistes prononçait le mot magique: «Grenat». Couleur des joueurs de Servette, club au sein duquel Didier Piguet espérait encore à l’époque jouer un rôle important.
Exclusivement pour lui
La dame en question n’est pas venue témoigner, hier, au quatrième jour du procès de Didier Piguet et de son associé Serge Rouiller, ex-patrons de la société Golden Lion. Mais il en est venu une autre. Métier: péripatéticienne. Elle a raconté qu’en 2003, quelques jours avant l’arrestation de Didier Piguet, elle a reçu 360?000?francs. «Il m’avait demandé de travailler uniquement pour lui durant deux ans.» Didier Piguet n’a jamais exigé de sa part des prestations extravagantes, dit-elle. Mais à sa sortie de prison, il a voulu récupérer une partie de l’argent: «Il me faisait cadeau de 120?000?francs, mais il exigeait que je lui rende le reste.» Elle n’était pas d’accord. L’accusé aurait alors fait des pressions sur elle. Finalement, l’argent a été remis au juge d’instruction chargé de l’enquête.
Mais d’où sortaient ces 360?000?francs? Produit des escroqueries reprochées à Didier Piguet? Il affirme que non: la somme provenait de sa fortune personnelle. Et s’il admet avoir remis 360?000?francs à la dame en question, il réfute totalement l’idée d’un contrat sexuel.
Narcisse mais pas pervers
A la barre, l’experte psychiatre décrit un homme dépendant de l’alcool et des psychotropes, souffrant d’un trouble de la personnalité narcissique. Et pour répondre aux questions de son avocat, Me François Canonica, comme à celles du procureur Dario Zanni, elle précise: «Didier Piguet est un homme généreux avec ses amis. Il offre des repas, des voyages, des cadeaux parce qu’il cherche avant tout à être admiré et aimé. S’il a parfois tendance à manipuler son monde, il n’y a pas chez lui la volonté de diminuer ses proches, de les écraser et finalement de les détruire. Traits qu’on retrouve chez le pervers narcissique.»
Le vide et la fête
Le côté flambeur, l’atmosphère de fête permanente dont il aimait s’entourer, l’usage de la cocaïne, autant de défenses pour contrer des angoisses profondes et un sentiment de vide intérieur.
Totalement responsable
Angoisse ou pas, l’accusé savait très bien ce qu’il faisait lorsqu’il déplaçait à tort et à travers l’argent de ses clients, lorsqu’il exploitait à fond leur confiance et parfois leur amitié. Aujourd’hui, à l’heure de l’interrogatoire, il devra expliquer par le menu ses faits et gestes, ainsi que ses motivations. L’experte l’a reconnu totalement responsable de ses actes.