Mi-juin, la dette du canton a failli passer sous la barre des 10 milliards. Elle s’est arrêtée au 30 juin juste au-dessus, retrouvant son montant de 2002.
Cette amélioration est à signaler: à la même période en 2007, la dette se situait encore à 12,6 milliards. Comment David Hiler, le ministre des Finances, explique-t-il l’évolution, va-t-elle perdurer? Interview.
David Hiler la dette cantonale atteint aujourd’hui environ 10,084 milliards, soit 2,6 de moins qu’il y a trois ans. Comment expliquer cette baisse brutale?
Plusieurs facteurs se sont conjugués. D’abord, nous avons réalisé de très bons résultats en 2006, 2007 et 2008. Nous avons pu financer nos investissements sans emprunter et conserver un solde conséquent, soit environ 1,2 milliard. Ensuite, le peuple a accepté de transférer aux entreprises publiques leurs immeubles et leurs dettes. Nous avons ainsi économisé quelque 550 millions de plus.
Pour le reste, notre gestion s’est améliorée, ce qui nous a permis de récupérer de l’argent (contentieux) et d’économiser des frais d’emprunt. Nous avons aussi étendu la gestion centralisée des liquidités pour l’ensemble de l’Etat. Et les contribuables ont adopté avec enthousiasme diverses nouvelles possibilités de payer leurs impôts de manière échelonnée ou en début d’année lorsque l’Etat a besoin de liquidités.
Au vu de la conjoncture, comment la dette va-t-elle évoluer?
On va remonter un peu d’ici à la fin de l’année pour atteindre environ 10,8 milliards. Puis diminuer en début d’année avant de remonter en 2010 et 2011. A partir de 2012, il faudra s’efforcer de revenir au niveau actuel. L’augmentation qui nous attend n’a rien de mystérieux: l’Etat augmente ses investissements et la conjoncture baisse.
Mais l’évolution dépendra aussi des taux d’intérêt qu’il faudra payer pour renouveler nos emprunts sur notre dette à court terme (un tiers des 10 milliards).
Actuellement les taux sont très bas et ne devraient pas remonter beaucoup. Pour notre dette à long terme (les deux tiers restants) nous n’avons pas besoin de renouveler rapidement nos emprunts.
Aujourd’hui nous revenons aux chiffres de 2002. C’est un bon chiffre?
On ne peut pas comparer 2002 à 2009. D’abord, un franc d’aujourd’hui, vu l’inflation, vaut moins qu’un franc de l’époque. Ensuite la population a augmenté, ce qui diminue la dette par habitant. On peut aussi relever que la diminution de la dette nous a permis «d’avaler» le bouillon de la Banque cantonale, qui nous a coûté 2 milliards. Mon point de vue, c’est qu’on doit être capable de diminuer la dette d’un milliard durant chaque législature.
Finalement, on en a fait deux sur celle-ci. et nous ne pourrons pas répéter l’exploit lors de la prochaine! Si on arrive à stabiliser notre niveau actuel en soutenant l’activité économique, ce sera pas mal.
En 2005, la réduction de la dette était un objectif clé du gouvernement. Ce n’est plus le cas?
Mis à part quelques universitaires, chacun sait bien qu’on ne peut pas avoir une seule politique financière valable pour tous les temps. Elle doit être anticyclique: il faut soutenir l’économie quand la situation est grave. Mais quand cela va mieux, il faut se donner les moyens de rembourser.
Après cette crise, il faudra se souvenir que si nous avons abordé cette période avec une certaine sérénité, c’est parce qu’on a diminué la dette et dégagé des excédents depuis 2006.
Cela supposera donc de limiter la croissance des dépenses à 2,5 ou 3% au maximum par an en période faste pour reconstituer les réserves conjoncturelles. Mais il est vrai qu’en ce moment la diminution de la dette passe au second plan.
«Nous pouvons diminuer les impôts»
Le peuple doit se prononcer sur une baisse d’impôts alors que votre budget 2010 prévoirait un déficit de 300 à 500 millions. Est-ce raisonnable?
Je ne peux pas confirmer vos chiffres! Nous pouvons dire aujourd’hui que la crise nous a relativement épargnés. J’estime qu’en période de croissance normale, Genève peut supporter la baisse d’impôts proposée tout en dégageant un excédent de 100 ou 200 millions. Cette baisse vise à rendre aux classes moyennes qui ont une forte propension à consommer l’argent qui soutiendra l’économie locale. Cela ne mettra pas le canton à genoux!
Le Conseil d’Etat privilégie actuellement le scénario d’une reprise molle en 2010. Nous risquons d’avoir deux années de déficits, mais même au pire, j’estime que le cumul de ces déficits restera très inférieur au montant de la réserve conjoncturelle de 750 millions que nous avons constituée.
A l’avenir, le Conseil d’Etat ne pourra plus diminuer la dette en transférant des actifs. Comment s’y prendre?
Essentiellement par une poursuite durable de la saine gestion anticyclique des finances publiques! Nous pourrions certes encore transférer leurs actifs aux HUG ou à l’Université, mais cela ne paraît pas prioritaire, et nous n’aurions pas grand-chose à gagner. L’Etat dispose d’un patrimoine immobilier, dont il pourrait vendre certains éléments bien précis au cas par cas, lorsque cela paraît opportun. Autre possibilité: mettre des terrains ou des immeubles en droit de superficie.
C’est une solution pour le périmètre de la Praille?
Un droit de superficie, qui est une location de longue durée, est une mine d’or pour autant qu’elle soit indexée. Malheureusement, le canton l’a souvent oublié… A mon avis, ce droit de superficie sera l’outil principal que nous utiliserons à la Praille, notamment pour les logements. Mais il ne faut pas être fondamentalistes. On peut aussi vendre quelques terrains si cela permet de réaliser une opération très importante.
Le «découvert» des caisses de pension publiques et le vieillissement de leurs membres ne risquent-ils pas de faire plonger les finances du canton?
Le canton ne recapitalisera pas cette caisse. La fusion de la CEH et de la CIA sera effective en 2011. A partir de là, vu l’évolution du rapport entre actifs et retraités, il faudra probablement un jour ou l’autre augmenter les cotisations pour maintenir un taux de couverture stable.
Le coût baisse
25?215?francs par habitant
? Une dette coûte, car il faut à la fois rembourser les emprunts à certaines échéances et payer des intérêts. Leurs coûts varient en fonction du montant emprunté, de la durée de l’emprunt et de l’évolution des taux d’intérêt. L’objectif est de tenir le taux moyen de la dette à 2,8%.
? La dette a passablement évolué. A environ 6 milliards en 1992, elle frise les 10 milliards dix ans plus tard. Le pic est atteint début 2007 avec 13,5 milliards.
? Vu la hausse de la population et la diminution de la dette, la dette par habitant a diminué. Elle est aujourd’hui de 25?215?fr. contre 29?618 en 2006 et 23?000 en 2000.
? Le service de la dette (lire ci-dessus) est passé de 372 millions en 2000 à 319 millions en 2002. En 2008, il a coûté 327 millions. C’est la moitié du budget de fonctionnement de l’Hôpital ou un peu plus que celui de l’Université. Par habitant, le service a coûté 721?francs cette année.
? Passée au crible par la Cour des comptes au début de l’année, la gestion de la dette genevoise a donné lieu à plusieurs recommandations, mais aussi à un satisfecit. «La gestion opérationnelle est dans l’ensemble suffisante. Les améliorations les plus importantes à apporter concernent la mise en place d’un système de reporting conforme aux bonnes pratiques», a signalé la Cour.