Blague de potache ou manœuvre politique? Le Tribunal de Bonneville (Haute-Savoie) tranchera. Hier, face aux juges, un ingénieur informaticien de 32?ans est venu s’expliquer sur des faits remontant au 28 février 2008.
Ce jour-là, en pleine campagne électorale des Municipales, ce frontalier, domicilié à la Roche-sur-Foron, «s’amuse» à détourner le forum du site de Michel Thabuis, candidat à sa propre succession à la tête de la mairie de la Roche. Et ce, depuis son poste de travail, soit un ordinateur du Département genevois des technologies de l’information, où il effectue à l’époque une mission.
Résultat, l’internaute souhaitant consulter ledit forum se retrouve sur un site pornographique. Le trentenaire reconnaît les faits mais apporte quelques nuances. Il affirme ne pas être un «pirate» mais avoir simplement utilisé une faille du forum: «Il était possible d’écrire un message en langage html, autrement dit de glisser, par exemple, un lien vers un autre site. Face à cette erreur grossière, j’ai posté un message redirigeant le forum sur un moteur de recherche de vidéos pornographiques.»
Pour Pierre Blanc, avocat de Michel Thabuis, son but était de nuire au candidat. Il en veut pour preuve le fait que l’accusé ait réitéré l’opération après que son premier message a été supprimé par le webmaster. Mais aussi les liens entre l’informaticien et une liste opposée. «On est en droit de se poser des questions quand on sait que l’accusé était un sympathisant de l’opposant de M. Thabuis. Et qu’il avait même créé son site de campagne.»
L’informaticien réfute l’hypothèse de la machination politique et parle, lui, d’une «mauvaise blague» ou encore d’une «énorme bêtise», comme il l’a expliqué à sa mère par téléphone après avoir découvert que les médias s’emparaient de l’affaire alors qu’il était en vacances à Cuba.
«S’il n’y avait pas eu un tel battage médiatique cela serait passé inaperçu», se plaint-il. Selon son avocat, Jean-François Jullien, loin d’être une victime, Michel Thabuis, qualifié d’«accusateur public No 1», a utilisé l’affaire pour se faire réélire.
Dénonçant une «atteinte aux règles de la démocratie», Pierre Blanc demande un euro symbolique en guise de réparation. La procureur requiert, elle, 2?mois avec sursis. Le délibéré sera rendu le 17 décembre.