Amaury Triaud, en thèse à l’Observatoire de l’UNIGE, parle d’une «véritable bombe». «Nous avons trouvé la pierre de Rosette», confirme l’astrophysicien Didier Queloz. La communauté des chasseurs d’exoplanètes est en effervescence: les astronomes ont découvert six planètes extrasolaires orbitant dans le sens opposé à celui de la rotation de leur étoile hôte, soit exactement le contraire de ce que l’on observe dans notre système solaire. Les chercheurs avancent une explication à ce phénomène qui remet en cause la théorie de la formation des planètes.
Les astronomes pensent que les planètes se forment dans des disques de poussières et de gaz qui entourent les jeunes étoiles. Ces disques proto-planètaires tournent dans le même sens que leur étoile et l’on supposait que toutes les planètes formées dans le disque étaient plus ou moins en orbite dans le même plan et qu’elles se déplaçaient sur leur orbite dans le même sens que celui de la rotation de leur étoile. Exemple: notre système solaire.
Puis, il y a eu, la découverte, entamée en 1995 par Michel Mayor et Didier Queloz, des exoplanètes et notamment des Jupiter chauds. Leur masse est équivalente ou supérieure à celle de Jupiter mais, ils orbitent très près de leur soleil. Les astronomes pensaient que ces astres, formés dans les confins du système, s’en étaient rapidement rapprochés par des interactions gravitationnelles, puis s’étaient arrêtés, sans vraiment comprendre pourquoi. Tout le monde était bien en plan, tournant dans le même sens.
Or pas du tout: «La moitié des Jupiter chauds possède des angles différents de l’axe de rotation de leur étoile», précise Didier Queloz. Puis s’ajoutent ces six exoplanètes, sur un échantillon de 27 - parmi les 452 connues aujourd’hui - avec une orbite rétrograde.
La Terre expulsée
L’équipe de Didier Queloz propose donc une théorie alternative. La migration de ces planètes n’est pas due aux interactions avec le disque de poussières mais à un lent processus d’évolution qui implique des planètes ou des étoiles plus distantes. Ces perturbations propulsent ainsi une planète géante sur une orbite allongée et inclinée. Cette planète va alors subir les effets de marées, perdant de l’énergie à chaque fois qu’elle s’approche de son étoile. Elle pourrait finalement se retrouver positionnée proche de son étoile, sur une orbite pratiquement circulaire, mais dont l’inclinaison est aléatoire.
L’effet secondaire de ce processus est que les petites planètes, comme la terre, se trouvent expulsées de ce système ou absorbé par leur étoile.
Didier Queloz exulte: «Enfin, après 15?ans, nous comprenons l’origine de ces objets dynamiques. Je suis extrêmement content de participer à la solution de cette énigme.»