La fille de 12 ans qui a succombé à la rougeole le 29 janvier est morte d’une encéphalite foudroyante (une infection du cerveau) à Genève. Transférée aux soins intensifs des Hôpitaux Universitaires depuis la France voisine, elle n’a malheureusement pas pu être sauvée.
«Jusqu’alors en pleine santé, il a suffi de quelques jours pour que la rougeole l’emporte», informe le site infovac.ch. L’enfant, qui vivait en Haute-Savoie, a été entérée hier.
Le 12 janvier, les autorités sanitaires françaises avaient écrit à tous les parents d’élèves du collège de Reignier, fréquenté par la fillette (où une vaccination collective a eu lieu avant-hier). La lettre rappelait la survenue de cas de rougeole et les invitait à vacciner leurs enfants sans tarder. Pour des raisons inconnues, la famille, que nous n’avons pas pu contacter, n’a pas suivi ce conseil. Et pourtant, déplore la vaccinologue Claire-Anne Siegrist, un vaccin aurait sauvé la jeune fille.
En effet, «donné jusqu’à trois jours après une exposition à la rougeole, le vaccin est encore capable de stimuler les défenses immunitaires avant que le virus ne se déploie. Le temps était donc encore suffisant après la lettre du 12 janvier.»
L’annonce de ce décès provoquera-t-il un pic des vaccinations? Peut-être à court terme. «Mardi, une vaccination d’urgence était organisée par le collège. Une cinquantaine de jeunes gens y étaient attendus», informe le médecin. Mais les mentalités évoluent lentement. En 2009, une partie de la population croit encore que la rougeole est une maladie anodine de l’enfance. Certains craignent les effets secondaires du vaccin.
«Et lorsqu’on répète qu’une personne sur mille meurt des complications de la rougeole, on nous répond que ce ne sont que des statistiques, rapporte Claire-Anne Siegrist. Là, il s’agit d’un cas réel, survenu chez nous.»
Eviction de la fratrie
Chez nous, car la France et la Suisse connaissent des situations très comparables. Dans les deux pays, la couverture vaccinale plafonne à 85% (80% en Haute-Savoie; 95% à Genève) alors qu’il faudrait un taux de 95% pour que le virus ne se propage plus. Entre novembre 2006 et janvier 2009, 3380 cas ont été recensés en Suisse; une personne sur six a connu une complication et une sur quinze a dû être hospitalisée. «Pas vraiment le profil d’une maladie bénigne», insiste la spécialiste.
Les complications peuvent être sans gravité (otite, bronchite). Mais lorsque le patient développe une pneumonie ou une encéphalite, aucun traitement spécifique, aucun médicament antiviral ne peuvent freiner l’extension de l’infection.
A Genève, le Service de santé de la jeunesse rappelle dans les crèches et les écoles l’importance de la vaccination. «Dès que nous avons connaissance d’un cas, nous vérifions si les élèves de la classe ont été vaccinés. Si l’un d’eux ne l’a pas été, nous téléphonons tout de suite aux parents pour qu’ils fassent vacciner leur enfant dans les trois jours et envoyons un courrier à l’école», indique le docteur Claire-Anne Wyler, directrice adjointe du Service. «On préconise aussi l’éviction scolaire des frères et sœurs des cas non vaccinés pour éviter
la contagion.» Actuellement, comme le pays connaît une épidémie, la première dose de vaccin s’administre à 9 mois et la deuxième dose à 12 mois.
Si l’enfant a un contact avec une personne atteinte ou s’il fréquente une crèche, la première dose peut être donnée à six mois. L’efficacité du vaccin atteint 98% une fois les deux doses injectées. Chez les 2% restant, la vaccination diminue considérablement les complications.