PORTRAIT

David Hiler, un ours écolo gardien des Finances

Par CHRISTIAN BERNET le 10.11.2009 à 00:00

Homme fort du gouvernement, le Vert peut se montrer tantôt grizzly, tantôt nounours.

Le libéral Renaud Gautier lui prédit une élection «stalinienne». Comprenez que David Hiler n’a pas de soucis à se faire dimanche prochain. Lors du tour de chauffe du Grand Conseil le mois dernier, les libéraux l’ont autant plébiscité que les socialistes. L’écologiste ratisse large.

Intelligent, clair dans ses interventions, pragmatique, le chef des Finances est considéré comme l’homme fort du gouvernement. «Il est nettement un cran au-dessus», estime Benoît Genecand, président de la Chambre genevoise immobilière. On lui reconnaît sa capacité à trouver des compromis et à faire preuve de réalisme. «Il sait d’où vient l’argent et sait qu’il est nécessaire pour que l’Etat fonctionne», commente le libéral Pierre Weiss. Cette attitude si peu doctrinaire lui vaut toutefois des inimitiés à l’extrême gauche, qui le trouve du coup trop à droite.

Voilà pour la face politique. Mais qui se cache derrière cette carrure de bulldozer? «Il a la psychologie de son format», dit de lui un député. Comprenez que cet ours parfois mal léché peut se montrer tantôt grizzly, tantôt nounours.

«J’étais parfois terrorisée quand il se fâchait, se souvient Sylvia Leuenberger, une amie de longue date. Il ne donne pas beaucoup de place à la contradiction si elle est mal construite. Il faut dire que ses analyses sont assez nuancées pour ne pas être contestées. S’il était stupide, ce serait insupportable. C’est aussi un homme d’une grande sensibilité. Un peu sauvage.»

L’homme ne va pas changer d’idée pour plaire. D’ailleurs, il est peu attaché aux apparences. Sans doute trop distrait pour cela. Sa cravate se met vite de travers, il oublie ses clés et peut vous croiser dans la rue sans vous reconnaître, absorbé dans ses pensées.

Né de parents universitaires, il a passé son enfance avec sa mère dans un petit appartement de la rue du Vidollet, un quartier populaire de la Rive droite. L’homme sourit à l’évocation de cette enfance, passée à taper dans un ballon. Il en a gardé des goûts simples. «J’aime les bistrots pas huppés, les petites épiceries, les Migros.» C’est un amateur de foot («Je suis fan du Barça»), le genre à casser les pieds à ses collègues les lendemains de match. Il a même un péché mignon qu’il finit par avouer: «J’adore le catch. C’est un magnifique théâtre.» Et il ne crache pas sur un spectacle de Polnareff ou des stars du disco. «Je déteste le mépris pour la culture populaire.»

Cette facette tranche avec l’image de l’intellectuel qui, ado, milite au Centre de liaison politique. «Avec les maoïstes, j’ai appris les rapports de force. Mais c’était une secte.» D’ailleurs, pour lui, le plus important, «c’était Woodstock, pas Mao». C’était avant ses 20?ans.

Plus tard, il rejoint les écologistes à la faveur des luttes contre la centrale nucléaire de Kaiseraugst.

«Au parti, il s’est porté volontaire pour accueillir les nouveaux membres, raconte Chaïm Nissim, ancien compagnon de route. Cela lui a été très utile par la suite.» Celui qu’on qualifie volontiers de joueur d’échecs n’a, dit-il, jamais eu de plan de carrière. «En Suisse, ce n’est pas possible. Les opportunités sont favorables ou pas.»

Aujourd’hui encore, il refuse de se projeter plus loin que son prochain mandat. «Une chose après l’autre», dit-il.

 


 

«La crise n’est pas passée, je reste aux Finances»

Aux élections le mois dernier, les libéraux vous ont apporté beaucoup de voix. Etes-vous encore un homme de gauche?
J’ai surtout été le moins biffé dans mon parti. Cela veut dire que l’électorat Vert se reconnaît dans mon action, c’est le principal. Je le prends comme la sanction positive de mon travail. Les gens ont senti que quelque chose s’était produit. Pour le reste, je fais les choses selon mes convictions et l’étiquette qu’on me prête ne m’importe pas.

Que répondez-vous aux Genevois qui n’ont pas le sentiment de participer à la croissance?
Genève est sortie de la crise structurelle des années 90 avec un énorme potentiel. Notre croissance est forte et nous avons créé beaucoup d’emplois. La majorité des gens en a profité. Il est vrai que ces emplois sont à haute qualification. Le marché est devenu très compétitif. Pour une partie des gens, c’est devenu plus difficile. Je pense aux jeunes, aux personnes de plus de 50?ans ou à celles qui n’ont pas de formation suffisante. Je conçois qu’il y ait de la souffrance. Il faut s’atteler à ces problèmes.

Et comment?
Il n’y a pas de solution miracle. Des progrès ont été apportés avec la nouvelle loi sur le chômage et les emplois de solidarité, dont j’espère qu’ils seront bien utilisés. Il faut maintenant s’attaquer au chômage des plus de 50?ans. Le secteur public peut y contribuer. Pour les jeunes, la seule réponse est une très bonne formation. Et il faut mobiliser le monde économique. Mais on ne recréera pas la situation du travail des années?60. Et ça, les jeunes le savent.

Les comptes 2009 prévoient un bénéfice de 450 millions. La crise n’a-t-elle pas d’effets?
Si, les bénéfices des entreprises ont chuté de manière spectaculaire. Mais la masse salariale est encore en forte hausse en 2009. L’année 2010 sera un test intéressant. Sans les baisses d’impôts, nous aurions des bénéfices confortables. Mais on a pris un risque raisonnable. Avec une croissance de 2%, on devrait s’en sortir ces prochaines années.

Quel est l’objectif pour cette législature?
J’estime qu’on peut baisser la dette d’un milliard tous les quatre ans en moyenne. Cette législature, nous l’avons réduite de 2 milliards. Mais nous n’allons pas pouvoir réitérer cela. Notre compte de fonctionnement devrait redevenir positif en 2012. D’ici là, nous allons devoir emprunter pour financer nos investissements. La dette va donc remonter avant de redescendre après 2012.

Y a-t-il encore des gisements d’économies à l’Etat?
Oui. Notamment dans l’utilisation des locaux et la gestion des fluides. Pour le reste, nous sommes dans l’allocation fine. Le Conseil d’Etat a décidé que rien n’augmenterait sans son autorisation. La croissance des dépenses de fonctionnement doit rester plafonnée à 2%, soit 1% pour les mécanismes salariaux et 1% pour des projets prioritaires.

Allez-vous prendre un autre département?
Non. Je reste aux Finances. Nous sommes au milieu de la crise et deux grandes réformes sont à mener: le nouveau système d’évaluation des fonctions des employés de l’Etat et la fusion des caisses de pension publiques, afin d’assurer la pérennité des prestations, menacée par le déséquilibre démographique. Là, on a un risque à trois milliards. Et puis, je suis exigeant avec mes collaborateurs. Ils font un travail extraordinaire. On ne peut pas leur imposer un changement tous les quatre ans.

Justement, certains critiquent votre gestion des employés.
Je refuse de créer des postes juste pour assurer des plans de carrière. Certaines personnes s’en vont car elles trouvent une promotion ailleurs. Tant mieux. Il est vrai que je délègue beaucoup et que j’attends en retour des résultats. De très bons cadres sont d’ailleurs venus nous rejoindre.
(cb)

 


 

Bio express

- David Hiler est né en août 1955 à Reno, dans le Nevada, de père américain et de mère suisse.
- Il accomplit toute sa scolarité à Genève et obtient une licence en sciences économiques. Son mémoire porte sur les finances publiques à Genève au XVIIIe siècle.
- Dans les années 90, il est chargé de cours à l’Université et écrit des chroniques historiques dans la «Tribune». Il publie aussi plusieurs livres.
- En 1986, il rejoint les Verts et devient conseiller municipal en Ville en 1987.
- En 2004, il est élu au Grand Conseil et sera un membre actif de la Commission des finances.
- En 2005, il est élu au Conseil d’Etat et prend les Finances.
- Marié, il a trois enfants.

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