La salle d’audience du Tribunal correctionnel de Bonneville était pleine à craquer hier matin. Les proches de la famille Gumy sont venus en nombre soutenir les parents et l’ex-compagne du défunt Johann à l’occasion du procès. Le prévenu, un quadragénaire genevois, ancien opérateur du son à la TSR, est jugé pour homicide involontaire. Le 18 mai 2008, alors qu’il était aux commandes, son ULM s’est crashé dans l’Arve, en France voisine, à hauteur de Contamine-sur-Arve. Dans cet accident, son passager, Johann Gumy, Genevois lui aussi, alors âgé de 22?ans, a perdu la vie.
Parmi les questions qui entourent le drame, il en est une qui pèse de tout son poids: «Pourquoi le pilote volait-il si bas?» L’enquête comme les déclarations du prévenu montrent que c’est en heurtant une ligne électrique, située entre 7,7 et 13,7?mètres du sol, qu’il a perdu le contrôle de son engin.
Or, le seuil minimum autorisé est fixé à 150?m au-dessus du sol. «Vous connaissiez les risques. Pourquoi avoir enfreint les règles?» interroge l’avocat général.
«Il me l’avait demandé, répète le pilote. J’ai voulu lui faire plaisir. J’ai le plus grand regret d’avoir accepté.» Et d’ajouter: «Ce n’est pas dans mes habitudes de faire des radadas (ndlr: vols à très basse altitude).» Des explications qui provoquent des haut-le-cœur dans les rangs de la partie civile. D’autant que d’après le témoignage de l’ex-compagne du défunt, «il s’était vanté auprès de Johann d’être un pilote chevronné, de pouvoir voler jusqu’à un mètre du sol, ce qui était intéressant pour les prises de vue».
A en croire le pilote, il y a eu méprise. «Il n’était pas prévu que Johann vienne avec une caméra.» Fixée à l’ULM, celle-ci a filmé toute la scène. Projeté durant l’audience, le film débute peu avant le décollage. On aperçoit durant quelques secondes le visage de Johann qui s’apprête à vivre son premier et dernier vol en ULM. Dans la salle, seuls les sanglots discrets de la mère de la victime troublent le silence.
Visionnage émouvant
A l’image défilent le Salève et le Jet d’eau. Mais aussi les vaches filmées de près. S’ensuit le vol en rase-mottes au-dessus du lit de l’Arve. Tout à coup, on distingue le câble, dans la seconde qui suit, l’image se brouille et le film s’arrête net.
Qu’est-il advenu ensuite? Le prévenu raconte: «J’ai détaché ma ceinture. J’ai crié: «Johann!» J’ai plongé, à deux reprises. L’eau était trouble. J’ai touché les deux sièges. Ils étaient vides.» Impossible de savoir quand le passager s’est détaché ni pourquoi il n’a pas réussi à rejoindre la berge. Sans doute emporté par le courant, son corps reste introuvable.
Si ces questions demeurent, ce qui ne fait aucun doute en revanche pour Bernard Chambel, avocat des parties civiles, c’est «la responsabilité écrasante d’un pilote qui se présente comme expérimenté mais qui se joue des règles». Selon l’avocat de la défense, Georges Rimondi, son client «a pris cette décision certes imbécile sans avoir le sentiment qu’elle pouvait avoir de telles conséquences». Sa passion pour le vol prenant le pas sur la raison.
Evoquant un «excès de confiance», l’avocat général n’est pas de cet avis: «C’est vous qui dirigiez, c’est vous qui commandiez, vous n’aviez pas à lui faire plaisir.» S’appuyant sur ce raisonnement, il requiert deux?ans de prison, dont 6?mois ferme, ainsi que 10?000?euros d’amende. Le jugement sera rendu le 7 avril.