Peu après 16?h, samedi après-midi, un petit avion de tourisme, de type Robin, revient d’un vol d’entraînement à La Roche-sur-Foron, en Haute-Savoie. Il est en phase d’approche pour atterrir sur la piste en dur de l’aérodrome d’Annemasse. Du même endroit a décollé peu de temps auparavant un Piper. Il tourne et revient, répétant plusieurs fois des «vols sur circuit», tout en restant dans l’emprise aérienne de l’aérodrome. Aucun des deux ne reverra la piste. A deux kilomètres de leur base et à une centaine de mètres au-dessus de la commune d’Arthaz-le-Pont-Notre-Dame – un gros bourg de 1200 habitants – ils se percutent en plein ciel. Le pilote aux commandes du Robin ne peut rien faire. La chute lui est fatale. Le jeune homme, âgé de 22 ans, domicilié à Cartigny, meurt sur le coup. Son aéronef se désintègre après s’être écrasé en bordure d’un chemin départemental, à cent mètres à peine d’un stade de football où allait commencer un match entre deux équipes de juniors.
L’aîné des deux pilotes, un ressortissant suisse lui aussi, âgé de 62 ans et habitant en France, ne perd pas complètement le contrôle de sa machine. Il longe l’autoroute à basse altitude, bifurque sur sa droite et tente un atterrissage en catastrophe dans un champ agricole. Il accroche au passage une serre et finit sa course à quelques dizaines de mètres d’un groupe de fermes, contre un bosquet d’arbres. L’homme, blessé à la tête, est acheminé en urgence à l’Hôpital d’Annemasse. Des plaies profondes à la face qui en cachent d’autres. Dans la soirée, la gravité de ses blessures nécessite un transfert sanitaire aux HUG.
Proche de l’A40
Pompiers et gendarmerie nationale dépêchent une cinquantaine d’hommes sur les lieux. Ils doivent notamment sécuriser le tronçon autoroutier pour leur permettre de récupérer un morceau d’empennage tombé sur la chaussée. Les débris sont éparpillés dans un secteur qui s’étend sur près de 400 mètres. Un secteur à risques multiples: c’est que la zone du crash entre les deux avions se situe de part et d’autre de l’A40, à une heure où la circulation est particulièrement dense. On n’ose pas imaginer les conséquences d’un pareil suraccident.
L’imagination n’a pas sa place dans cette tragique collision en vol. Même le dessin d’une enfant de 13 ans, qui a tout vu et reproduit sur une feuille blanche la scène à la demande de ses parents, est aujourd’hui dans les mains des enquêteurs. Ils se sont succédé dimanche autour des épaves, avant que ces dernières ne soient acheminées sous bonne escorte, dans cinq camions, vers un hangar connu de la Direction de l’aviation civile. Aucune cause n’est pour l’heure privilégiée. «Le point d’impact sur les fuselages n’a pas non plus été clairement identifié», note l’un des responsables de la compagnie de gendarmerie de Saint-Julien, avant d’ajouter: «Toutes les hypothèses seront étudiées, allant de la défaillance technique à l’erreur humaine. Il n’y a pas de tour de contrôle sur l’aérodrome d’Annemasse. Les pilotes communiquent leur position par ondes radio.» Samedi après-midi, les conditions de vol étaient bonnes.